Avec Brundibár, la Maîtrise Populaire entre dans une fable où l’enfance se heurte peu à peu à l’histoire. Entre conte, chant choral et mémoire, le spectacle fait de la scène un lieu de jeu, d’apprentissage et de transmission.
Distribution
Direction musicale, Louis Langrée • Mise en scène, Muriel Mayette-Holtz, Jean-Claude Berutti • Décors et costumes, Rudy Sabounghi • Chœur, Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique • Orchestre, Les Frivolités parisiennes
Voir toute la distributionFruit d’une commande ministérielle, destiné à des interprètes enfants dans le milieu scolaire, Brundibár connut une création clandestine suite à l’agression de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne nazie. Hans Krása parvint à préserver son opéra jusqu’au camp de Terezín, où il servit d’objet de propagande, mais fut aussi source de réconfort pour les détenus avant leur déportation à Auschwitz. Son renom a grandi au XXe siècle et il est devenu un classique.
Aninka et Pepiček sont résolus à soigner leur maman malade à qui le docteur a prescrit de boire du lait. Comme ils n’ont pas d’argent, ils décident de braver le redoutable Brundibár, fameux artiste de rue, en chantant mieux et plus fort que lui. Mobilisés par des animaux compatissants, les enfants de la ville vont leur venir en aide.
L’espoir, le courage et la solidarité : telles sont les valeurs qu’enseigne cette œuvre ravissante qui oppose l’art à la brutalité. Une leçon de vie pour tous les temps. Un grand moment de théâtre pour la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique, sous la direction de Muriel Mayette-Holtz, Jean-Claude Berutti et Louis Langrée.
Opéra pour enfants en deux actes | Version de Terezín | Livret d’Adolf Hoffmeister. Adaptation de Chantal Galiana. Création clandestine dans un orphelinat juif à Prague en 1942.
Programme
1ère partie
- « La bonne neige », « De grandes cuillers de neige » (extraits de Un soir de neige) de Francis Poulenc
- « O magnum mysterium » (extrait de Quatre motets pour le temps de Noël) de Francis Poulenc
- Mládí (« Jeunesse ») de Leoš Janáček pour ensemble à vents
- Petit Papa Noël - Arrangement Brice Legée - version à 5 voix
- De Pitchik à Pitchouk, conte de Jean-Claude Grumberg
2ème partie
- Brundibár, Hans Krása
- Ich wandre durch Theresienstadt, Ilse Weber
Par Agnès Terrier
C'est l'histoire d'un bonimenteur qui monopolise la parole publique. Il a convaincu les gens qu'il dit ce que tout le monde pense. Ça simplifie la vie de le croire, alors on n'écoute plus que lui. Ses discours tonitruants étouffent les autres voix. Ceux qui ne sont pas d'accord, il les menace et ça les fait taire.
Mais un jour, deux grains de sable bloquent sa tyrannie…
Dans notre opéra, le bonimenteur menaçant s'appelle Brundibár, il est musicien de rue et fascine le public. Les deux grains de sable s'appellent Pepíček et Aninka. Ces enfants ont une urgence : trouver les moyens de sauver leur maman malade. Ils vont affronter Brundibár et entraîner tout le monde à chanter mieux et plus fort que lui.
En 1938, le bonimenteur autoritaire s'appelait Adolf Hitler. Les Tchécoslovaques, voisins de l'Allemagne nazie, espéraient que le concert des nations européennes sauverait leur chère République, qui fêtait alors ses 20 ans.
Sous couvert d'un opéra pour enfants, écrit en réponse à un concours lancé par le ministère de l'Éducation tchécoslovaque, l'auteur et artiste Adolf Hoffmeister et le compositeur Hans Krása composent au printemps 1938 leur Brundibár comme une fable : elle offre une double lecture, pour les jeunes interprètes et pour leurs parents auditeurs.
Mais le 29 septembre 1938 sont signés les accords de Munich. Le lendemain, l'Allemagne annexe la région des Sudètes. Et le 16 mars 1939, l'armée allemande entre en Tchécoslovaquie. La moitié ouest du pays, la Bohême-Moravie, devient un protectorat où s'appliquent aussitôt les lois nazies antijuives.
Sympathisant communiste, Hoffmeister s'échappe en France avec l'aide d'Aragon. Mais Krása demeure à Prague. Il est déporté au camp de Theresienstadt en août 1942. Anciennement Terezín, la ville a été rebaptisée pour devenir le camp de détention des Juifs de Bohême-Moravie.
Brundibár est créé, dans des proportions modestes et de façon clandestine, pendant l'hiver 1942-1943, dans un orphelinat juif de Prague. Ce petit spectacle réconfortant est monté par le directeur Rudolf Freudenfeld, aidé de son fils, et le scénographe František Zelenka.
En juillet 1943, responsables et enfants de l'orphelinat sont à leur tour déportés à Theresienstadt.
Ils y retrouvent Krása qui est devenu l'un des animateurs musicaux du ghetto, aux côtés entre autres du chef d'orchestre Karel Ančerl et des compositeurs Rafael Schächter et Viktor Ullmann.
Brundibár y connaît une re-création le 23 septembre 1943 : il s'agit d'une nouvelle version que Krása réorchestre pour treize musiciens. Le spectacle est monté dans des conditions difficiles et avec peu de moyens, mais avec beaucoup d'ingéniosité et d'enthousiasme, par Zelenka et Freudenfeld fils, formé par Schächter, qui encadrent des dizaines d'enfants plus ou moins turbulents, ravis de dissimuler l'étoile jaune sous leur costume.
La vie culturelle, et particulièrement musicale, est riche à Theresienstadt, et moralement indispensable. Le succès de Brundibár est immense, porté par la ferveur des jeunes interprètes. Tout le monde comprend le message d'espoir de l'opéra. Cinquante-quatre représentations sont données par la suite pour le public des détenus.
Les nazis y trouvent un intérêt : étayer la propagande qui fait croire au monde que les Juifs sont bien traités dans les camps. Le ghetto de Theresienstadt leur sert de vitrine.
Lors d'une visite le 23 juin 1944, le Comité international de la Croix-Rouge peut applaudir Brundibár. Des images du spectacle sont ensuite insérées dans le documentaire Theresienstadt que l'acteur Kurt Gerron, lui aussi prisonnier, est forcé de réaliser.
Les rôles principaux – Brundibár, Pepíček, Aninka et le Chat – ont été créés respectivement par les jeunes Honza Treichlinger, Pinta Mühlstein, Greta Hoffmeister et Ela Stein. Si ceux-ci peuvent jouer toutes les représentations, les autres interprètes ne cessent de changer en raison des déportations successives… Finalement toutes et tous sont déportés, enfants et adultes, à Auschwitz. Krása y meurt le 17 octobre 1944. Seuls quelques enfants survivront, dont les créatrices d'Aninka et du Chat.
Les deux partitions de Brundibár, celle de Prague et celle de Theresienstadt, sont conservées au Mémorial de Terezín, aujourd'hui en République tchèque. Depuis les années 1970 et le développement des opéras pour enfants, l'œuvre a fait l'objet d'une vaste redécouverte. Elle est aujourd'hui jouée partout, en tchèque ou en traduction.
La brièveté de Brundibár a inspiré à notre directeur Louis Langrée, qui dirige pour la première fois la Maîtrise populaire de l'Opéra-Comique, et aux metteurs en scène Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti, un programme de spectacle qui combine des pièces vocales de Janáček et de Poulenc, des chansons d'Henri Martinet et d'Ilse Weber – qui fut détenue à Theresienstadt elle aussi – ainsi que des extraits du récit de Jean-Claude Grumberg De Pitchik à Pitchouk. D'histoire en histoire, de personnage en personnage, de voix en voix, ils emmènent les jeunes, leurs parents et le public, au cœur de l'émotion et du message d'espoir intact de Brundibár : les enfants peuvent sauver le monde.
Argument
Une classe rêve… une classe s'ébroue… une classe se rassemble. Depuis vingt minutes ?… Depuis l'année 1943 ?… Et dans le rêve de cette classe, deux histoires viennent se superposer… Celle d'une très vieille dame, au nom impossible à prononcer, qui, un soir de Noël, décide – va savoir pourquoi – de monter à l'intérieur du haut conduit de sa cheminée… et celle d'un tyran, qui se cache dans la peau d'un musicien de rue.
La vieille dame fera dans son conduit de cheminée une rencontre qui bouleversera le temps qu'il lui reste à vivre : elle passera le plus beau Noël de sa vie en compagnie d'une bande de pauvres Pères Noël sans domicile fixe. Le tyran quant à lui sera vaincu par les enfants d'une ville qui s'était livrée à lui corps et âme.
Ces deux contes rêvés recouvrent, l'air de rien, en passant, en jouant et en chantant, la tragédie la plus cruelle du XXe siècle.
Par Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti
Note d'intention
Mettre en scène Brundibar, c’est accepter de franchir une frontière trouble : celle où l’enfance vacille. C’est entrer dans une cour de récréation dont les jeux grincent, où les mots blessent plus qu’ils ne rient, et où l’innocence se fissure sous nos yeux. C’est convoquer un imaginaire familier (figures animales, silhouettes symboliques) pour mieux révéler l’indicible : le crime absolu, celui qui consiste à voler l’enfance.
À travers l’écriture complice de Jean-Claude Grumberg, le conte se déploie d’abord, faussement léger. Une vieille dame, un Père Noël : masques fragiles derrière lesquels affleure la tragédie du monde. Ensuite vient la musique qui rappelle les comptines et berce les cauchemars. Le monstre est convoqué pour lui couper la tête... Car sous l’apparente gaieté de Brundibar, c’est une mémoire sombre qui palpite.
La scène est une classe, avec ses règles et ses rituels (comme pour tenter de rejouer, de comprendre, de réparer). Mais l’histoire, elle, finit toujours par nous rattraper. Et dans l’image finale, surgit enfin l’irréparable : celle des camps. Non pour figer, mais pour rappeler. Se souvenir, oui, pour que, malgré tout, le théâtre nous rende à la vie, debout, lucides, et, peut-être encore, capables de joie.
Notre complicité avec Rudy est née d’un long compagnonnage, celle entre Muriel et Jean-Claude est naissante et passionnée, celle avec Alessandra est confiante et de la même école. Tous les quatre sommes nourris d’admiration et de respect partagés, au service d’un même amour du plateau, dans ce qu’il a de plus sincère. Travailler avec la jeune génération est pour nous un défi précieux : il nous oblige à revenir au cœur du jeu, là où tout doit rester spontané, libre et profondément vivant.
À la direction artistique, nous formons un quatuor qui ose se répondre, se compléter et se réinventer, dans une écoute constante et une confiance engagée.
Autour du spectacle
L'Après-spectacle
Rencontrez les artistes dimanche 7 juin et lundi 8 juin à l’issue de la représentation.
45 min | Gratuit (billet couplé au spectacle) salle Favart
Et si vous chantiez ?
Quelques jours avant d’assister au spectacle, rejoignez la cheffe de chant Iris Thion-Poncet pour un atelier participatif pour comprendre, ressentir et interpréter ensemble !
Plus d'informationsAccessibilité
Séance Relax | Dimanche 7 juin à 15h
Une représentation inclusive et accueillante pour les personnes dont le handicap peut entraîner des comportements atypiques et imprévisibles pendant la représentation.
Avant chaque opéra Relax, un guide FALC est disponible pour permettre de comprendre le contexte de création de l’opéra et son histoire. Il permet également d’anticiper les points de vigilance pendant la représentation qui pourraient surprendre les spectateurs.
La playlist
Une playlist permet de se plonger dans l'oeuvre de Krása en amont et de prolonger l’expérience après l'opéra.
La fabrique du spectacle | Brundibár
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Rencontre avec Louis Langrée | Brundibár
Transcription textuelle
Brundibár est une œuvre fascinante, extraordinaire par son message d’optimisme et de solidarité. Créée dans le camp de Theresienstadt, elle porte pourtant une histoire tragique : la plupart de ses interprètes et de ses spectateurs ont ensuite disparu dans les camps de concentration. Le contraste entre les valeurs positives, résolues, lumineuses de l’œuvre et le destin de celles et ceux qui l’ont partagée est absolument saisissant.
Brundibár est un opéra écrit pour être interprété par des enfants et présenté à des enfants. La Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique s’est donc imposée naturellement pour porter aujourd’hui ce message de solidarité et d’optimisme.
Hans Krása avait composé et orchestré une première version de l’œuvre avant la guerre, qui ne put jamais être créée. Lorsqu’il retrouve, dans le camp de Terezín, la partition chant-piano, il la réorchestre avec les instrumentistes dont il dispose sur place. Cette orchestration singulière donne à l’œuvre une couleur très particulière, parfois rudimentaire, qui participe profondément à son charme et à cette impression de fausse simplicité.
Tous les airs de Brundibár sont construits comme des chansons. Hans Krása semble utiliser un matériau populaire, immédiatement accessible, qu’il détourne subtilement. On y entend aussi l’influence du jazz, découvert alors par de nombreux compositeurs qualifiés de « dégénérés » par le régime nazi et intégré à la culture musicale européenne de l’époque. Les rythmes décalés, l’énergie et l’inventivité de cette écriture rendent l’œuvre profondément vivante.
Brundibár parle à tous. En sortant du spectacle, on continue d’en fredonner les mélodies, tant elles se mémorisent facilement. Et c’est précisément ce qui bouleverse : ces airs populaires, joyeux et séduisants résonnent avec l’histoire tragique de leurs interprètes et du camp de Terezín où l’œuvre fut créée.
Brundibár est un opéra-comique, alternant scènes parlées et passages chantés. Il trouve donc naturellement sa place à l’Opéra-Comique. Mais l’œuvre étant relativement courte, elle est souvent accompagnée d’autres pièces musicales ou d’un récit. Pour cette production, le choix a été fait de réunir les deux.
La soirée s’ouvrira avec Mládí de Leoš Janáček, œuvre de musique de chambre dont le titre signifie « jeunesse » en tchèque. Cette partition porte des valeurs d’élan, d’énergie et de rêve qui dialoguent naturellement avec celles de Brundibár.
Les maîtrisiennes et maîtrisiens de l’Opéra-Comique interpréteront également trois chœurs a cappella de Francis Poulenc, pages d’une grande intensité qui participeront à la magie de la soirée.
Enfin, parce qu’il est essentiel de ne jamais oublier les conditions dans lesquelles Brundibár a été créé, le programme fera entendre Ich wandre durch Theresienstadt d’Ilse Weber : une mélodie solitaire, d’un dénuement extrême, bouleversante de simplicité.
Et puis viendra le final : la joie, l’optimisme, la victoire sur l’oppression. Toutes ces couleurs, toutes ces atmosphères réunies composeront une soirée profondément marquante.
Brundibár en images
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Depuis l’arrivée des artistes en coulisses jusqu’à la dernière représentation, vous pouvez retrouver ici des photos des répétitions, des entretiens, une présentation de l’oeuvre, etc.
Découvrir →Artistes
Opéra pour enfants en deux actes | Livret d’Adolf Hoffmeister. Création clandestine dans un orphelinat juif à Prague en 1942
Équipe artistique
Artistes
Avec le soutien de
Sarah Arison
Amy Dubin
Nicole Bouton
L'Opéra-Comique remercie Amy Dubin, Nicole Bouton, l'ensemble de ses donateurs anonymes, les donateurs de la vente aux enchères du Gala et les donateurs de la campagne "Grandir sur scène"