« Brundibár est une œuvre fascinante, extraordinaire par son message d’optimisme et de solidarité. »
Louis Langrée Direction musicale de Brundibár et directeur de l'Opéra-Comique
Écrit pour être interprété par des enfants, Brundibár porte un message de solidarité, d’optimisme et de résistance qui résonne encore aujourd’hui.
Le directeur musical du spectacle évoque la puissance émotionnelle de cette œuvre, le contraste bouleversant entre la légèreté apparente de sa musique et le destin tragique de ses interprètes, ainsi que le rôle essentiel de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique dans cette nouvelle production.
Rencontre avec Louis Langrée | Brundibár
Brundibar, une oeuvre lumineuse
Il existe deux partitions de Brundibár : la version praguoise écrite pour le concours de 1938, qui ne fut pas jouée à l'époque et ne fut retrouvée qu'en 1972 ; et la version réorchestrée par Hans Krása pour les treize musiciens qu'il put rassembler à Terezín, une fois la partition pour chant et piano récupérée grâce à Rudolf Freudenfeld, fils du directeur de l'Orphelinat juif de Prague où avait eu lieu, en hiver 1942-1943, la création clandestine, en tout petit effectif.
Nous avons choisi la version de Terezín, la seule que Krása a pu entendre, créée le 23 septembre 1943. Son orchestre rassemble une flûte et une petite flûte, une clarinette, une trompette, une guitare, des percussions, un piano, quatre violons, un violoncelle, une contrebasse et un accordéon sur scène, qui apporte une couleur foraine. L'orchestration n'est pas destinée à un orchestre d'enfants mais à des musiciens professionnels. La complexité rythmique évoque la musique populaire tchèque, les contrastes sont forts, les instruments ont des interventions solistes lumineuses. On y entend les influences du jazz, du music-hall, et d'autres compositeurs de la génération de Krása, également qualifiés de « dégénérés » par les nazis, comme Erwin Schulhoff ou Viktor Ullmann.
Si l'œuvre est principalement vocale, on y trouve aussi quelques pages instrumentales comme la magnifique sérénade qui lie les deux actes : elle évoque l'atmosphère nocturne qui baigne le sommeil des deux enfants, veillés par les animaux. Ce passage fait penser à Leoš Janáček, voire à Béla Bartók par sa capacité à transporter une situation réaliste dans une dimension symbolique.
La partie vocale de la partition est délibérément simple, en accord avec le charmant conte pour enfants qui lui sert de support. Les mélodies sont souvent syllabiques et homophoniques, faciles à mémoriser et en outre doublées à l'orchestre. C'est conforme à l'objectif du concours lancé en 1938 par la Société pour l'Éducation musicale : soutenu par le ministère de l'Éducation, il avait pour but de faire chanter des enfants non-professionnels, plus probablement dans les écoles que dans les conservatoires.
Mais c'est de la musique faussement simple ! Plutôt qu'écrire une succession de comptines, Krása a ajouté des mesures inégales, une vie rythmique ardente et des étincelles de l'orchestre qui forment une œuvre complète, malgré sa brièveté : le public peut l'écouter et la regarder avec des yeux et des oreilles d'enfants, mais les interprètes doivent être très attentifs aux détails.
L'œuvre de Hoffmeister et Krása porte un message éminemment positif : elle promeut les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité et il est merveilleux de les voir portées par les jeunes de la Maîtrise Populaire de l'Opéra-Comique. Bien sûr, le contraste est saisissant entre le message que délivre Brundibár et le destin de ses créateurs. Sans la solidarité prônée par la pièce, jamais 55 représentations n'auraient pu être données à Terezín. Pourtant, des dizaines d'interprètes qui se sont alors succédé, très peu ont survécu.
Dans le monde brutal et clivé qui est le nôtre aujourd'hui, nous avons le devoir de jouer de telles œuvres pour les citoyens de tous âges, interprètes sur la scène, spectatrices et spectateurs dans la salle.
Avec
Direction musicale, Louis Langrée • Mise en scène, Muriel Mayette-Holtz, Jean-Claude Berutti • Décors et costumes, Rudy Sabounghi • Chœur, Maîtrise Populaire de l'Opéra-Comique • Orchestre, Les Frivolités Parisiennes
Opéra pour enfants en deux actes | Version de Terezín | Livret d'Adolf Hoffmeister, adaptation de Chantal Galiana. 1h sans entracte, salle Favart, spectacle en français.
Brundibár | Du 3 au 8 juin 2026 à l'Opéra-Comique (séance scolaire le 8 juin)
Tarifs : 30 €, 15 € (moins de 18 ans), 6 € (scolaires) Informations et réservations