Interview

Rencontre avec Muriel Mayette-Holtz | Brundibár

Conte musical né dans le camp de Terezín, Brundibár réunit la Maîtrise Populaire autour d'une fable où la légèreté de l'enfance porte la mémoire du pire.

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« Ce qui est important pour nous, c'est de faire comprendre le contexte tragique dans lequel cet opéra a été composé et joué, tout en gardant une dimension de conte populaire »

Muriel Mayette-Holtz Co-metteuse en scène de Brundibár

Brundibár, c'est un conte en musique : l'histoire est celle de deux enfants pauvres et orphelins, dont la mère malade a besoin de lait pour se soigner. Faute d'argent, ils décident de chanter sur la place pour gagner quelques pièces, face au méchant Brundibár, chanteur des rues accompagné de son orgue de Barbarie. Seuls, ils ne peuvent rien. Il leur faut l'aide des enfants de leur âge et des animaux de la ville, un chat sauvage, un chien, un oiseau. Ensemble, ils finissent par l'emporter.

Derrière cette apparente légèreté se tient une histoire que la metteuse en scène qualifie de symbolique. Composé par Hans Krása, l'opéra a été joué pendant la guerre dans le camp de Terezín. « Le drame de cet opéra, c'est qu'il a été chanté par des enfants qui, au fur et à mesure, étaient éliminés », rappelle-t-elle. La figure de Brundibár devient alors, selon ses mots, « un peu celle de Hitler, auquel on voudrait couper la tête ». Une fable d'enfance qui porte en creux le tragique du siècle.

Tout l'enjeu de la mise en scène, co-signée avec Jean-Claude Berutti, tient dans cet équilibre : restituer le contexte sans alourdir le conte, garder le conte sans effacer le contexte. Mayette-Holtz souligne aussi ce que la fable doit au collectif, ces personnages qui n'ont rien, ces enfants et ces animaux qui s'unissent, jusqu'à y lire « une dimension presque communiste du récit ». La solidarité y devient le ressort qui permet de vaincre.

Le dispositif scénique, imaginé avec le scénographe Rudy Sabounghi, prend la forme d'une salle de classe, « qui peut nous rappeler la nôtre, quelle que soit l'époque où nous avons grandi », et dont les enfants s'emparent pour raconter le conte. La récréation y devient un espace où l'on a le droit de réinventer le monde. Le spectacle situe d'abord le récit, puis s'achève sur l'image de cet opéra chanté par les enfants dans les camps. Comme Brundibár est court, une trentaine de minutes, l'équipe a fait appel à Jean-Claude Grumberg, auteur qui a consacré son œuvre à écrire sur la Shoah avec humour et délicatesse. Son récit De Pitchik à Pitchouk, où une grand-mère solitaire un soir de Noël tombe sur le Père Noël en passant par la cheminée, vient compléter la fable et l'inscrire dans une écriture contemporaine.

Mené avec Louis Langrée et la Maîtrise Populaire de l'Opéra-Comique, porté par l'orchestre des Frivolités Parisiennes, Brundibár est un opéra chanté uniquement par des enfants. Sa reprise par de jeunes voix prolonge le geste d'origine et fait de la scène un lieu de jeu, d'apprentissage et de transmission.

Avec Direction musicale, Louis Langrée • Mise en scène, Muriel Mayette-Holtz, Jean-Claude Berutti • Décors et costumes, Rudy Sabounghi • Chœur, Maîtrise Populaire de l'Opéra-Comique • Orchestre, Les Frivolités Parisiennes

Opéra pour enfants en deux actes | Version de Terezín | Livret d'Adolf Hoffmeister, adaptation de Chantal Galiana. 1h sans entracte, salle Favart, spectacle en français.

Brundibár | Du 3 au 8 juin 2026 à l'Opéra-Comique (séance scolaire le 8 juin)
Tarifs : 30 €, 15 € (moins de 18 ans), 6 € (scolaires) Informations et réservations

Avec

La Maîtrise Populaire de l'Opéra-Comique

Projet artistique, éducatif et social, la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique, fondée par Sarah Koné, accompagne 120 jeunes de 8 à 25 ans et les forme aux arts de la scène tout au long de leur scolarité.

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