Ô mon bel inconnu

Ô mon bel inconnu

Reynaldo Hahn

COMÉDIE MUSICALE en 3 actes de Reynaldo Hahn.
Livret de Sacha Guitry
Créé au théâtre des Bouffes Parisiens le 12 octobre 1933
 

Direction musicale, Emmanuel Olivier
Mise en scène, Emmanuelle Cordoliani

Arnaud Guillou, Cécile Achille, Estelle Lefort, Blandine Folio Peres, Safir Behloul, Florent Baffi, Nicolas Certenais

Orchestre, Lauréats du Conservatoire (CNSMDP)

Distribution

Direction musicale, Emmanuel Olivier
Mise en scène, Emmanuelle Cordoliani
Décors, Emilie Roy
Costumes, Julie Scobeltzine
Lumières, Sébastien Böhm
Maquillage, Laure Talazac

Prosper Aubertin, Arnaud Guillou
Antoinette, Cécile Achille *
Marie-Anne, Estelle Lefort *
Félicie, Blandine Folio Peres
Lallumette / Jean-Paul , Safir Behloul *
Claude Aviland, Florent Baffi*
Xavier / Victor, Nicolas Certenais *

*Avec les Etudiants du département des disciplines vocales du Conservatoire de Paris (CNSMDP) et l’Orchestre des Lauréats du Conservatoire (CNSMDP)

Orchestre, Lauréats du Conservatoire (CNSMDP)


Production, Opéra Comique
Coproduction, CNSMDP, Théâtre Imperial de Compiègne
Coproducteur associé, Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française

A lire avant le spectacle

Sous la baguette de Marcel Cariven, la distribution comprend les délicieuses Simone Simon en Marie-Anne et Suzanne Dantès en Antoinette, et la populaire Arletty dans le rôle de la bonne Félicie. Les hommes ne sont pas en reste : Jean Aquistapace joue le rôle de Prosper Aubertin, Abel Tarride celui de M. Victor, René Koval celui quasi muet de Lalumette, Guy Ferrant, compagnon de Hahn, celui de Claude, Pierre Yvot celui de Jean-Paul et André Numès fils celui du garçon de magasin. Dès la première, c’est un succès à la fois public et critique. L’œuvre se maintiendra à l’affiche près de trois mois consécutifs.

Comme Chabrier jadis avec L’Étoile, Reynaldo Hahn ravit les amateurs de musique légère avec une partition d’un raffinement inhabituel : « On pouvait s'attendre à ce que la nouvelle opérette des Bouffes ne fût qu'une bonne opérette, c'est-à-dire un spectacle divertissant, alerte, bien enlevé par une troupe éprouvée, avec quelques airs propres à enrichir pour un temps le répertoire des disques à la mode. Au lieu de cela, nous avons eu un véritable enchantement, pour l'esprit comme pour les oreilles, et une réussite d'art de la plus délicate qualité. Tout au long de ces trois actes, M. Sacha Guitry a prodigué les mots d'esprit, les observations ironiques ou profondes, la bonne humeur primesautière. Quant à la partition de Reynaldo Hahn, c'est une petite merveille d'élégance, de charme et de souplesse. Les ravissantes mélodies qu'elle contient sont mises en valeur par une écriture d'une étonnante habileté. La foule et les plus fins lettrés de la musique prendront un plaisir égal à l'audition de cette musique qui réhabilite la science sans morgue et la virtuosité aisée dans le lyrisme de bonne compagnie. L'interprétation exigeait des chanteurs experts autant que des comédiens accomplis. M. Aquistapace est l'un et l'autre à la perfection. Ce sont aussi des comédiennes-chanteuses que Mlle Suzanne Dantès, qui nous avait caché jusqu'ici sa jolie voix, Mlle Simone Simon, la vedette de l'écran qui débutait au théâtre, Mlle Arletty, à la fantaisie si comique. MM. Tarride, Koval dans un rôle muet pendant deux actes, Ferrant, Yvot et Numès fils ajoutent la diversité de leurs talents à une distribution impeccable. » (L’Illustration)

Né à Caracas le 9 août 1874, fils d’un riche homme d’affaire allemand, Reynaldo Hahn a un an de plus que Ravel. Sa famille s’installe vite à Paris. Pianiste précoce, il entre au Conservatoire et y suit la classe de composition de Massenet avec Gustave Charpentier et Florent Schmitt. Il écrit des mélodies dès 14 ans tout en chantant – il est baryton Martin – dans les salons. Dans ce contexte artistique et mondain, sa culture s’étoffe et sa carrière prend son essor, d’abord dans le registre de la mélodie où Hahn est prolifique. Remarqué par Carvalho, le directeur de l’Opéra Comique, Hahn y crée L’Ile du rêve avec Pierre Loti en 1898 sous la direction Carré. C’est l’époque où il se lie avec Marcel Proust, relation amoureuse qui deviendra une longue amitié. À 23 ans, Hahn a débuté comme critique musical. Il exercera cette activité dans une succession de périodiques et achèvera sa carrière au Figaro. Naturalisé en 1912, il passe la Première Guerre mondiale sur le front. Puis il renoue avec la vie musicale, abordant brillamment la direction d’orchestre : ses interprétations des opéras de Mozart font référence. Il se produit aussi comme pianiste accompagnateur, en particulier pour Ninon Vallin. C’est l’époque des opérettes et des comédies musicales : Ciboulette en 1923, Mozart – avec Guitry – en 1925, Le Temps d’aimer et Une revue en 1926, Brummel en 1931, Ô mon bel inconnu en 1933, Malvina en 1935. Les opéras ne sont pas en reste après La Carmélite à l’Opéra Comique en 1902 : il écrit Nausicaa pour Monte-Carlo en 1919 et Le Marchand de Venise pour l’Opéra en 1935.

Brillant conférencier, Hahn s’exprime volontiers sur le chant qu’il prône inspiré de la parole : « La diction est à la parole ce que le regard est aux yeux ; elle donne la vie au discours, elle met dans l'armature du verbe la circulation de l'idée, du sentiment. Et voilà, précisément, de quoi manquent un grand nombre de chanteurs. Leur voix est en place, ils prononcent bien, ils articulent bien, mais ils ne disent pas, et alors..., ils "ne disent rien". Ils ne chantent pas bien en ce que leur voix n'accomplit pas une fonction artistique. Elle est détachée de la parole, elle fait "bande à part". Ce chant manque précisément de la suprême beauté sonore, qui est la nuance et la variété, parce que, n'étant pas animé par le mot, n'étant pas dirigé, soumis, maîtrisé par la parole, ce chant est monotone. Le plus souvent, ce sont les mots eux-mêmes qui ont donné naissance à la musique. Donc, il est légitime que les paroles, génératrices de la musique qu'on entend, reprennent ici la première place qui est celle qui leur appartient et dirigent la suite des sensations, des impressions que l'auditeur devra subir. » (Du chant)

Homme de culture, Hahn réfléchit aussi sur les styles musicaux alors que le répertoire baroque fait l’objet d’une première redécouverte : « Avant d'être "ancienne", la musique ancienne a été "moderne", et la musique d'aujourd'hui, si moderne qu'elle soit, sera ancienne un jour ; faudra-t-il alors la chanter autrement que nous la chantons à présent ?

Comment pouvons-nous nous imaginer ce qu'étaient les chanteurs du XVIIIe siècle, alors que nous avons tant de peine à nous figurer ce qu'étaient ceux d'il y a seulement cinquante ans ? La préoccupation de chanter avec "style" vient contrecarrer la véhémence qu'on veut avoir – et le résultat est généralement piteux. » (Du chant)

Après la Seconde Guerre mondiale qu’il passe en zone libre, Hahn est élu à l’Institut des beaux-arts et accepte la direction de l’Opéra de Paris en 1945. Il meurt à Paris le 28 janvier 1947.

Fils du comédien Lucien Guitry, Sacha Guitry est né à Saint-Pétersbourg le 21 février 1985. Acteur et metteur en scène, il est encouragé dans l’écriture par Georges Feydeau, Sarah Bernhardt et Octave Mirbeau. Il remporte son premier succès à 20 ans avec Nono. Ce prolifique signe une centaine de pièces dont certaines, opérettes ou comédies musicales, pour les partitions d’André Messager (L’Amour masqué, 1923), Oscar Straus (Mariette, 1928) et Reynaldo Hahn. Ô mon bel inconnu est publié avec cette préface : « C'est une tragédie bourgeoise. Il ne se passe guère dans ma pièce que des événements d'une extrême gravité. Un homme, un honnête commerçant, brave au fond mais moralement aveugle, s'imagine que sa compagne, sa progéniture et son personnel se sont ligués contre lui. Cette tragédie aurait pu s'appeler «Connais-toi toi-même», elle aurait pu finir très mal. Au moment de l'écrire en vers alexandrins et de l'offrir à la Comédie-Française, j'ai réfléchi pendant une dizaine de minutes et j'en ai fait une comédie. Puis m'étant aperçu que certains passages de cette comédie étaient écrits en vers libres, j'ai demandé à Reynaldo Hahn de bien vouloir mettre en musique les dits passages. La tragédie était devenue une comédie musicale. Dans ma tragédie le personnage principal était proconsul de Rome. J'en ai fait un chapelier. Les soldats, ses hommes d'armes, se sont transformés en une bonne à tout faire. Il y avait un confident comme dans toutes les tragédies et ce confident ne disait pas grand chose. J'en ai fait un confident muet. Avec ma tragédie, chers spectateurs, je risquais de vous faire sourire : puissé-je avoir la joie de vous faire rire avec ma comédie. »

Guitry débute au cinéma en 1915 avec un documentaire patriotique, Ceux de chez nous, puis tournera comme réalisateur et acteur plus de trente films à partir de 1935, dont des adaptations de ses pièces. Il lance de nombreux acteurs comme Yvonne Printemps ou Jacqueline Delubac qu’il épouse successivement, mais aussi Raimu, Louis de Funès, Darry Cowl, Michel Serrault. Ses dons multiples, sa virtuosité et son succès suscitent des attaques qui atteignent un point culminant à la Libération. Guitry, qui est resté actif à Paris pour y incarner avec une certaine audace son idée de la culture française, passe soixante jours en prison avant d’être lavé de tout soupçon de collaboration. Ses films d’après-guerre prennent la forme de fresques historiques. Orson Welles, qui y participe, témoignera de son admiration et plus tard François Truffaut œuvrera à sa réhabilitation. Guitry meurt à Paris le 24 juillet 1957.

Emmanuelle Cordoliani, metteure en scène de Ô mon bel inconnu, aborde Sacha Guitry comme un grand auteur classique : « L’Amour masqué de Messager, que nous avons monté l’année dernière au musée d’Orsay, nous a introduits dans l’univers de Guitry. Guitry, un théâtre bourgeois ? Pas du tout, ni par les thèmes ni par l’écriture. Texte et musique d’Ô mon bel inconnu témoignent d’une vaste culture classique et contemporaine. Guitry et Hahn furent, plutôt que des nostalgiques des genres anciens, les témoins avertis du surréalisme. Le fait qu’ils soient des contemporains de Magritte, la présence des chapeaux et, au-delà, l’humour et l’écriture du texte nous ont incités à rechercher un geste artistique et une direction d’acteur surréalistes, voire symbolistes, qui restituent la poésie de l’œuvre. Qu’en est-il de l’humour de ces deux érudits ? À première lecture, il semble très compréhensible mais doit-on le jouer juste ainsi ? Le rire de reconnaissance satisfait peut-être l’intellect mais tue l’émotion que nous recherchons à l’opéra. Il ne faut pas avoir peur de la puissance subversive de la comédie qui est l’une des grandes richesses de notre culture. Comme dit Umberto Eco, le rire au théâtre est révolutionnaire, salvateur. Il ôte la peur et permet tout. Nous voulions que rien ne soit banal pour les interprètes mêmes. D’où aussi Magritte dont la réflexion sur la convention de la représentation est si profonde. Celle de Guitry sur le théâtre ne l’est pas moins : voyez cette phrase que le garçon de magasin invite son patron à zozoter, la remarque de Claude sur le mariage final ou la sortie de scène de Jean-Paul. La convention, c’est la chair du théâtre disait Vitez.

Pour le rôle muet, Magritte nous a aussi fourni la solution. Au théâtre parlé, je l’aurais confié à un acteur mais comment faire exister un muet à l’opéra ? Nous utilisons un mannequin que les chanteurs se sont approprié de manière très touchante, comme un ami imaginaire. Les moments de solitude n’en sont que plus intenses ainsi que le dénouement du troisième acte, dont le point culminant est le retour du muet chantant qui peut désormais habiter les vêtements du mannequin.

Enfin, il y a cette quête incessante de Guitry : qui est-ce qu’on aime ? Quelle est la part de fantasme dans le réel ? Guitry, qui connaît son XVIIIe, est influencé par Marivaux, par le roman épistolaire, par le Cyrano de Bergerac de Rostand aussi dans cette réflexion sur le discours et le paraître. Il est question de lettres sous toutes leurs formes : on écrit et on épelle. La présence constante de ce matériau nous a incités à les utiliser. Pour entrer dans l’esprit de l’œuvre, nous avons choisi de passer par la lettre et de chercher la différence entre ce qu’on croit et ce qui est. Ce magasin de chapeau n’est pas un magasin de chapeaux. La psychanalyse est passée par là. Le duo des amoureux en langage SMS ne doit pas être illustré car les mots qu’ils écrivent peuvent les raconter autrement. Le passage par la lettre transforme leur rapport au discours et au sens même. »

Présentation

Deux grandes figures des Années Folles, Sacha Guitry et Reynaldo Hahn, ont contribué à transformer l’opérette en comédie musicale, dans une interaction croissante avec le cinéma. Leur seconde collaboration, après un Mozart joyeux et érudit en 1925, est la charmante comédie sentimentale Ô mon bel inconnu. Entre la savoureuse poésie de la tradition comique française et l’esthétique joyeusement décalée de ces années transfigurées par le surréalisme, l’œuvre explore les jeux de masques auxquels se livrent les membres d’une même famille, troublés par l’irruption du désir amoureux dans la routine de leur existence. « C'est une tragédie bourgeoise, déclarait Guitry. Cette tragédie aurait pu s'appeler Connais-toi toi-même, elle aurait pu finir très mal. Au moment de l'écrire en vers alexandrins et de l'offrir à la Comédie-Française, j'ai réfléchi pendant une dizaine de minutes… et j'en ai fait une comédie ». Une comédie à la fois légère et profonde, transfigurée par la saveur douce-amère de la musique de Reynaldo Hahn.

Seconde collaboration de Reynaldo Hahn avec Sacha Guitry, la comédie musicale en trois actes Ô mon bel inconnu est créée le 12 octobre 1933 aux Bouffes Parisiens. Ce théâtre fondé par Offenbach dans le passage Choiseul est alors dirigé par Albert Willemetz, auteur réputé de chansons et meilleur ami de Guitry. L’institution, où furent produites les œuvres de Chabrier, Lecocq, Varney, Terrasse, Christiné ou encore Serpette, assume la mutation du genre originel vers la comédie musicale où tout brille : l’abattage des interprètes, l’esprit et le style d’un texte très développé, des numéros musicaux proches de la chanson.

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INFORMATIONS PRATIQUES

Lieu

Salle Favart

Tarif

36, 30, 25, 20, 12, 6€

Renseignements

0 825 01 01 23 (0,15 € la minute)

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