À lire avant de venir voir Et In Arcadia Ego

10 Janvier 2018

Et In Arcadia Ego

À l’Opéra Comique, Jean-Philippe Rameau, génie musical des Lumières, est pour ainsi dire un « compositeur maison ». Bien qu’aucun de ses grands ouvrages lyriques n’ait été créé dans notre maison tricentenaire, pas même la comique Platée, son retour en grâce après l’oubli consécutif à la Révolution y a été mis en œuvre très tôt, dès le milieu du XIXe siècle, avec Les Indes galantes dans une version révisée par Charles Gounod. Elle fut suivie en 1925 par une seconde révision du même titre, par Paul Dukas cette fois. En 1964, on en était toujours à croire dans les maisons d’opéra à la nécessité d’adapter le patrimoine musical baroque lorsque Zoroastre fut à son tour programmé dans la Salle Favart.

Puis le vent a tourné en faveur de la fidélité et de la confiance dans les sources. Des interprètes pionniers ont su lire les partitions et renouer avec les pratiques, les instruments et l’esprit baroques. Si bien que, parmi les productions majeures de ces dernières années à l’Opéra Comique, figurent Zoroastre en 2009, dirigé par Christophe Rousset et mis en scène par Pierre Audi, et Platée en 2014, dirigé par William Christie et mis en scène par Robert Carsen.

Si Rameau est un compositeur maison à l’Opéra Comique, c’est cependant plutôt parce qu’il y a fait ses débuts de compositeur lyrique. On était alors dans les années 1720, et l’Opéra Comique ne logeait pas encore dans l’élégante Salle Favart dont Louis XVI favoriserait plus tard la construction. En cette première moitié du XVIIIe siècle, la troupe s’établissait chaque saison dans l’une des deux grandes foires parisiennes, Saint-Germain et Saint-Laurent, ainsi que l’illustre pour les visiteurs de 2018 la peinture signée Henri Gervex qui orne le mur est du foyer de la Salle Favart. Et cette troupe de l’Opéra Comique, qui inventait sans cesse de nouvelles formules dramatico-musicales pour fidéliser le public volage de la capitale, recrutait d’excellents artistes aspirant à une liberté que leur refusaient les institutions officielles. Parmi eux figurent les danseurs Marie Sallé et Jean-Georges Noverre, l’actrice Justine Favart, les auteurs Alexis Piron, Denis Carolet ou Charles-Simon Favart. Piron y introduisit Rameau, Dijonais comme lui, en 1723. Ensemble, ils écrivirent au moins quatre pièces pour lesquels Rameau produisit des airs originaux, des chœurs, des ouvertures et des danses, ainsi que l’arrangement des incontournables vaudevilles – reprises d’airs anciens et populaires avec des paroles nouvelles. Pour tous ces spectacles, dont les partitions sont perdues, le compositeur était probablement aussi le chef d’orchestre – le « batteur de mesure » selon la terminologie de l’époque. 

Rameau semble avoir quitté l’Opéra Comique en 1726. En 1733, il faisait à l’Opéra des « débuts » éblouissants – à cinquante ans – avec Hippolyte et Aricie, que suivirent d’autres chefs-d’œuvre qui devaient transformer la musique française. Mais n’avait-il pas appris à captiver le public à l’Opéra Comique, saison après saison ? Il y revint d’ailleurs en 1743, probablement en raison d’une mésentente avec les directeurs de l’Opéra, mais aussi et surtout pour… s’y parodier lui-même ! Sur les nouvelles paroles d’un livret écrit par Favart, sa partition des Indes galantes fut transformée cette année-là en Ballet des Dindons. Chaque soir, Rameau démontrait à la tête de l’orchestre qu’il n’était pas seulement un compositeur sérieux, austère théoricien de l’harmonie. De fait, il méditait alors sa fabuleuse comédie Platée…

De ce goût pour la réécriture parodique, de cette liberté avec laquelle Rameau a considéré les conventions afin de toujours favoriser l’impact de la musique, l’Opéra Comique a conçu pour 2018 un projet Rameau original, Et in Arcadia ego. Il ne s’agit pas d’un opéra mais d’un spectacle total, dont l’art de Rameau est l’inspirateur. Un art musical capable d’exprimer et d’exalter toutes les facettes de la vie, humaine, naturelle et cosmique, dans ses mystères comme dans ses matérialités, dans ses états comme dans ses élans, dans ses balbutiements comme dans ses crépuscules. Fidèles à l’esprit pionnier de Rameau, nos auteurs Christophe Rousset, Phia Ménard, Éric Reinhardt et Éric Soyer, nos artistes Les Talens Lyriques, Les éléments et Lea Desandre, inventent la rencontre d’une interprétation avertie avec une proposition spectaculaire inédite, et celle d’un répertoire fécond aujourd’hui avec une création ancrée dans l’histoire. Puisse l’Opéra Comique demeurer un lieu de liberté, de recherche et de rencontre aussi inspirant pour nos contemporains qu’il le fut pour Rameau ! 

Par Agnès Terrier


ARGUMENT

Cette histoire est surréaliste, comme un conte où chacune et chacun pourrait se projeter. Un « big-bang intérieur » naît d’une tentation faustienne : connaître des décennies avant la date de sa mort. Et le jour approchant, être catapulté dans une série d’espaces mémoriels de sa vie, sans plus pouvoir y présider.

L’histoire de Marguerite résonne d’une voix intérieure, la sienne, et d’un récit au chemin poétique. Le Chœur y est la voix de l’espace autant que celle des matières.

Marguerite est une femme, jeune d’image, âgée dans le réel, lucide et rêveuse. Son corps est submergé par les éléments. Elle est impuissante à changer le chemin funeste dont elle nous conte le secret.

Les actes…

Ouverture – levée éblouissante vers un autre monde. Une infraction au centre d’une étoile, envahissant notre espace. Vrombissement, chaleur, laissant place au vide, au craquement d’un glacier.

Enfance – jardin onirique congelé. Les doux souvenirs se désagrègent comme sous l’effet du temps. De la fonte offrant la disparition, l’émerveillement par l’arrivée des fluides, symbole du passage vers l’adolescence.

Âge adulte – prison mouvante. Une gangue rappelle les turpitudes des désirs, le doute de la véracité des rapports humains. L’espace se dérobe pour se refermer à nouveau. Fuite vers la confrontation au vivant.

Vieillesse – inéluctable entonnoir. Résignée à la proximité de l’inconnu, Marguerite est entrainée puis semble s’échapper pour finir avalée. Elle apparaît une dernière fois, corps englué, mangée par une forme indéfinissable franchissant l’espace jusqu’à s’inviter loin de la scène…

Par Phia Ménard
 

 

 

Réagir à cet article


Pour réagir connectez-vous ou créez un compte dès maintenant !

Votre compte vous permettra d'accéder gratuitement à des actualités enrichies, intéragir et commenter. Il vous permet également de consulter votre historique d'achat, d’imprimer vos billets, de modifier vos coordonnées et vos préférences.

 


0 commentaire