À lire avant le spectacle | La Petite Boutique des horreurs

Publié le 23 novembre 2022
Illustration La Petite Boutique des horreurs - Julia Lamoureux

© Julia Lamoureux

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« Corriger les mœurs en riant », telle est la fonction de la comédie depuis l’âge classique. Alors rions, et prenons-en de la graine.

Par Agnès Terrier

Si l’on considère que l’Opéra-Comique est le temple du théâtre parlé-chanté, qu’Offenbach s’en est inspiré pour développer le genre de l’opérette, et que la comédie musicale est un dérivé de celle-ci à partir de l’Entre-deux-guerres, alors la comédie musicale a toute sa place à l’Opéra-Comique !

Ces genres ont historiquement fait la part belle aux sujets de société et aux musiques populaires, et parié sur les émotions d’un large public, en mobilisant des interprètes aussi agiles dans la comédie et la danse que dans le chant et l’usage astucieux du costume. Le premier cinéma s’est d’ailleurs nourri des intrigues, des talents et des compositions qui faisaient florès à l’Opéra-Comique et dans les théâtres d’opérette.

Le titre La Petite Boutique des horreurs est connu dans le monde entier pour désigner à la fois deux films, de 1960 et 1986, et une comédie musicale, créée à New York en 1982, dans une petite salle de l’Off-Off-Broadway. C’est celle-ci, écrite par Howard Ashman et composée par Alan Menken – deux figures majeures des Studios Disney – que nous jouons, dans une adaptation française réalisée en 1985 par Alain Marcel.

Arthur Lavandier signe une nouvelle orchestration qui déploie les saveurs de la partition, originellement conçue pour un très petit théâtre, et qui se présente comme le catalogue virtuose des tendances du rock’n’roll et de la pop des années 1950-1960, celles qu’on entendait dans les rues de New York et qu’on commençait à découvrir à la radio.

À l’Opéra-Comique, l’œuvre reste ce qu’elle doit être : immersive, déjantée et plutôt horrifique, avec ses personnages de marginaux aspirant à participer au rêve américain, qu’interprètent nos artistes issus de tous les horizons, musical, opéra et cinéma. L’ensemble Le Balcon dirigé par Maxime Pascal et les prodiges scéniques concoctés par Valérie Lesort, Christian Hecq et leurs complices rendent justice non seulement à la qualité musicale de La Petite Boutique, mais aussi à sa véritable dimension : celle d’une fable.

C’est l’histoire d’une plante qui transforme en cauchemar la vie de son découvreur, un fleuriste qui se rêvait horticulteur. Le conte, qui tient plus des mythes de Frankenstein et de Faust que des réalités botaniques, annonce une possible revanche de la nature sur notre humanité matérialiste et bornée : n’est-ce pas ce que représente ce végétal endémique et dévorant ?

La Petite Boutique des horreurs

Howard Ashman et Alan Menken

10 au 25 décembre 2022

Malmené par le fleuriste qui l’emploie, Seymour cultive en secret une plante exotique. Problème : l’étrange végétal est carnivore… Un spectacle déjanté et familial, dans la pure tradition de cette comédie musicale à succès, drôle et horrifique à la fois.

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Argument

Prologue

Une voix prophétique annonce qu’un péril mortel s’apprête à frapper le genre humain.

Acte I

Modeste fleuriste au bord de la faillite, Mushnik s’apprête à fermer définitivement boutique et à licencier ses jeunes employés, Seymour et Audrey. Mais Seymour lui présente une plante étrange, apparue après une éclipse totale de Soleil, et qu’il a nommée Audrey II en hommage à sa collègue qu’il aime en secret.

Exposée en vitrine, Audrey II relance immédiatement le commerce. Mais Seymour comprend par inadvertance que pour la nourrir, le sang doit se substituer à l’habituel arrosoir d’eau…

Sa découverte érige Seymour en héros du quartier et bientôt des médias. Maltraitée par son fiancé Orin, Audrey rêve d’une vie plus sereine à ses côtés. De fait, Orin est devenu dentiste pour satisfaire son goût de la violence. Il conseille à Seymour de s’enfuir avec la Plante pour faire fortune. Mais Mushnik propose à Seymour de l’adopter. La boutique est renommée, de « Mushnik – Au Jardin du Ghetto » en « Mushnik et Fils ».

La Plante s’avère douée de parole mais toujours plus assoiffée, et Seymour n’y suffit plus : l’anémie le menace. Ne supportant pas qu’Audrey soit battue, Seymour décide de livrer Orin à la Plante en le piégeant dans son cabinet. Le rendez-vous médical menace de mal tourner pour Seymour, mais Orin est pris à son propre piège, celui d’un gaz hilarant qu’il s’administre avant toute opération chirurgicale. Il meurt asphyxié et Seymour offre son corps à la Plante.

Acte II

Dans la boutique, le téléphone ne cesse de sonner et les commandes affluent. Soulagée par la disparition d’Orin, Audrey se réconforte dans les bras de Seymour. Or la police recherche le dentiste disparu. Craignant les soupçons de Mushnik, Seymour l’invite à récupérer la recette du jour dans la Plante, à laquelle son patron fournit ainsi un nouveau repas…

Seymour est harcelé par les médias, et surtout par la Plante affamée dont il songe désormais à se débarrasser. Alors qu’il est parti lui chercher de la viande, Audrey se laisse piéger par la Plante. Seymour la secourt mais elle est grièvement blessée : elle préfère se sacrifier pour que la boutique continue à prospérer.

Face à une proposition commerciale alléchante, celle de bouturer la Plante pour en équiper chaque foyer, Seymour tente d’anéantir Audrey II. En vain : elle le dévore à son tour.

Finale

Seymour, Audrey, Mushnik et Orin morts enjoignent le public à tuer la Plante, mais il est trop tard : elle envahit le théâtre.