Du conte de la Forêt-Noire à la scène : le récit d’origine de Nuit sans aube

La Forêt-Noire n’est pas qu’un décor : c’est un territoire de contes, né d’une société rurale où l’on racontait la subsistance, la tentation et le salut. C’est là que Wilhelm Hauff situe Le Cœur froid, l’histoire de Peter Munk, charbonnier qui veut changer de vie et se retrouve face à deux forces de la forêt, l’une protectrice, l’autre destructrice.

Une fable sur l’argent, le pacte, et ce que devient un cœur quand on cherche à ne plus sentir...

Publié le 24 février 2026
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Avant de venir découvrir Nuit sans aube salle Favart du 11 au 17 mars prochains, nous vous proposons un retour sur le conte de Wilhelm Hauff (Le Cœur froid) : une histoire de pacte, d’argent et de “cœur de pierre”.
Sur scène, ce récit devient un opéra : voix, orchestre et images transforment la fable en expérience d’écoute et de théâtre.

Dans cette adaptation, Matthias Pintscher compose la musique et Daniel Arkadij Gerzenberg signe le livret à partir du conte de Wilhelm Hauff.

Repères : Le Cœur froid (Wilhelm Hauff)

Wilhelm Hauff (1802–1827), mort à 25 ans, écrit plusieurs contes dans les années 1820, notamment pour les enfants d’un ministre du Wurtemberg dont il est le précepteur. Le Cœur froid paraît dans ses recueils (1826) et se déroule en Forêt-Noire. Hauff est aussi l’auteur du roman historique Lichtenstein (1826) et de la nouvelle Le Juif Süss, dont une adaptation a été instrumentalisée par la propagande nazie.

Dans Le Cœur froid suit Peter Munk, jeune charbonnier qui veut changer de condition. Il rencontre deux figures de la forêt : un esprit bienveillant (le bonhomme de verre) et un géant maléfique (Michel le Hollandais). Trois vœux accordés par le premier l’enrichissent avant de le mener à la ruine ; le second lui propose un cœur de pierre, au prix d’une perte d’empathie, jusqu’au retournement final.

Pourquoi venir voir Nuit sans aube ?

Venir voir Nuit sans aube, c’est observer comment ces éléments changent de nature quand ils passent par la musique et la scène : les émotions s’entendent dans la voix, les tensions s’inscrivent dans le temps du plateau, et la forêt devient un espace qui se construit aussi par le son.

À l’Opéra-Comique, le conte n’est pas raconté : il est mis en scène. On suit la trajectoire de Peter, la place de Clara, et le basculement du rituel, non comme une morale, mais comme une suite de situations à traverser.

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Peter accablé par sa triste condition de charbonnier, illustration de 1901

Le conte transposé : un territoire, des récits, une forêt

Son nom d’origine latine est trompeur : la Forêt-Noire est un massif de moyenne montagne, à l’est du Rhin. Région agricole, elle a longtemps vécu de l’exploitation du bois, de l’extraction minière, du charbon de bois et du verre, mais aussi du thermalisme et de l’horlogerie.
Dans ce cadre rural, une tradition de légendes et de contes s’est développée : des récits où il est question de subsistance, de tentations, de salut, et de rencontres avec des figures inquiétantes ou protectrices. 

Wilhelm Hauff et Le Cœur froid

Mort à 25 ans, Wilhelm Hauff (1802-1827) écrit des contes qui s’inscrivent dans cette Forêt-Noire imaginaire et sociale. Dans Le Cœur froid, il suit Peter Munk, un jeune charbonnier insatisfait, partagé entre l’envie de s’enrichir et le refus de sa propre condition.
Le récit repose sur une rencontre décisive : Peter se retrouve face à deux forces de la forêt — l’une bienveillante, l’autre destructrice — et le conte met en jeu une question simple : qu’accepte-t-on d’échanger pour obtenir ce que l’on croit vouloir ?

 

Une fable économique et morale (qui parle encore aujourd’hui)

Le Cœur froid raconte une ascension et une chute : un enrichissement rapide, puis la ruine, puis l’idée d’un “cœur de pierre” qui rend indifférent à la souffrance des autres.
Ce n’est pas seulement une histoire fantastique : c’est une fable sur la frustration sociale, la tentation du raccourci, et les conséquences d’un choix qui promet de soulager mais abîme le lien aux autres.

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Vue sur la Forêt-Noire, par Karl Julius Wilhelm Heilmann

Ce que la scène change au conte

Le passage au théâtre musical met l’accent sur l’ambivalence du récit : attraction et danger, consolation et violence, désir de ne plus souffrir et perte de lien aux autres.
Sur scène, le pacte n’est pas seulement une idée : il devient un moment dramatique. La forêt n’est pas seulement un décor : elle devient un espace mental et sonore, qui organise le récit et ses ruptures.

À découvrir sur scène

  • comment la musique fait entendre la bascule vers le “cœur de pierre”
  • comment la forêt prend forme comme espace du rite et de l’intime
  • comment une fable du XIXe siècle se transforme en théâtre d’aujourd’hui

Nuit sans aube

Matthias Pintscher & Daniel Arkadij Gerzenberg

11 au 17 mars 2026

Il était une fois un jeune homme, Peter, rongé d’un tourment indicible. Sa mère, pétrie de superstitions, l’a élevé dans un monde ritualisé mais indéchiffrable. Peter ne trouve aucun réconfort auprès de son amie Clara. Peut-être les esprits de la forêt et de la nuit le soulageront-ils…

Réserver

Opéra en douze tableaux | Traduction française de Catherine Fourcassié | Création mondiale le 11 janvier 2026 au Staatsoper de Berlin sous le titre original Das kalte Herz | Création française

Avec

Composition et direction musicale, Matthias Pintscher • Mise en scène, James Darrah Black • Avec Evan Hughes, Marie-Adeline Henry, Katarina Bradić, Catherine Trottmann, Julie Robard-Gendre, Hélène Alexandridis, Pablo Coupry Kamara et Elias Passard de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-ComiqueOrchestre Philharmonique de Radio France

Durée : 1h40 sans entracte | Spectacle en français, surtitré français & anglais
Âge recommandé : 14 ans et + (présence de scènes de violence)

Bon plan -35 ans : le vendredi 13 mars : tarif unique 20 €

Accessibilité : Séance Relax le dimanche 15 mars à 15h