5 choses à savoir sur Mârouf, savetier du Caire

12 Avril 2018

1. Mârouf ? un conte des Mille et Une Nuits !
 
Le recueil des Mille et Une Nuits, qui rassemble des contes populaires d'origine persane et indienne écrits en langue arabe, s’est fait connaître en Europe notamment par la traduction et l’adaptation d’Antoine Galland au début du XVIIIe siècle. Les histoires de Shéhérazade racontées chaque soir à son mari le Sultan pour échapper à la mort vont faire le tour du monde. Puis la nouvelle version des Mille et Une Nuits par Joseph-Charles Mardrus à la fin du XIXe siècle va engendrer une véritable vogue orientaliste dans tous les arts européens et ce jusqu’au milieu du XXe siècle avec le colonialisme. 
Aujourd’hui les traductions sont multiples et basées sur différents textes, puisqu’il n’y a pas d’auteur. Il n’en reste pas moins que Mârouf est la dernière histoire que Shéhérazade raconte à son mari et qui la sauve de l’exécution ! 
Mârouf est un savetier qui est martyrisé par sa femme, il décide de s’échapper et va croiser le chemin d’un vieil ami d’enfance, Ali, qui va le faire passer pour un riche marchand pour faire fortune auprès du Sultan et marier sa fille, la princesse Saamcheddine. C’est un jeu de dupe et de triche que Mârouf met en place dans un environnement magique et particulièrement comique.    
 
2. Le plus grand succès de Henri Rabaud
 
C’est dans le contexte de cette attirance européenne pour la culture orientale que Henri Rabaud, accompagné de son ami librettiste Lucien Népoty, songe à aborder le registre comique et compose Mârouf. Avant cela Rabaud s’adonne plutôt à la tragédie avec une réception toujours mitigée, il devient pourtant chef d’orchestre à l’Opéra de Paris à partir de 1908. La consécration arrive en mai 1914 à l’Opéra Comique avec la première représentation de Mârouf, savetier du Caire. C’est le début du succès ! 
 L’oeuvre est reprise chaque année jusqu’en 1927, date à laquelle la salle Favart abandonne Mârouf après 129 levers de rideau. Mais le public le retrouve dès 1928 au Palais Garnier et y sera joué jusqu’en 1950 avec un total de 116 représentations. Le triomphe de Rabaud est tel qu’il est sollicité pour adapter Mârouf en film muet avec un orchestre de cinéma, qu’il refuse bien qu’ayant été l’un des premiers compositeurs à travailler pour cette industrie.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Henri Rabaud communique spontanément aux autorités de Vichy le nom des enseignants et étudiants juifs du Conservatoire national de musique et d’art dramatique qu'il quitte quelques mois plus tard. Un geste qui ne portera pas à conséquences sur la suite de sa carrière. Il compose après la guerre la musique de Martine, pièce de Jean-Jacques Bernard, rescapé de la déportation, peut-être une manière illusoire de se repentir au travers de la musique.
Quoi qu’il en soit l’oeuvre de Mârouf suivra son cours sans son auteur, l’opéra fera le tour de la France et voyagera à l’étranger notamment à New-York et en Egypte où il sera toujours fortement applaudi mais sera oublié ensuite pendant plus d’un demi siècle. Jérôme Deschamps ressort ce succès avec une mise en scène subtile et actuelle qui parodie le folklore colonialiste de la France de Rabaud.
 
3. Une reprise de 2013 - succès garanti !
 
En 2013, alors directeur de l’Opéra Comique, Jérôme Deschamps décide de mettre en scène un opéra qui fait appelle au voyage et à l’exotisme, il fait revivre l’opéra Mârouf, une oeuvre laissée au placard malgré son triomphe d'antan.
Aujourd’hui, la production revient salle Favart, avec Olivia Fercioni aux décors, Vanessa Sannino aux costumes qui rend les personnages encore plus loufoques avec robe en montgolfière, turbans incroyables et faux dromadaires, qui pimentent davantage la situation comique, et seul nouveau à la baguette, Marc Minkowski, également directeur général de l'Opéra National de Bordeaux.
Jean-Sébastien Bou sera également à nouveau sur les planches, un rôle-titre qui sied parfaitement au membre de la troupe Favart, qui sait accentuer le côté parodique de son personnage. La soprano Vannina Santoni en princesse Sammchedinne rayonnera également aux côtés de Bou. 
La reprise de ce Mârouf, conjugue le raffinement de la musique française à des effluves de musiques orientales. Cette nouvelle version du XXIe siècle avait rendu la presse et les spectateurs en 2013 aussi joyeux et ravis que le premier public de Rabaud. C’est donc aujourd’hui l’occasion de redécouvrir ce spectacle triomphant !
 
4. Un opéra dansant…
 
Ce spectacle fait la part belle à la danse et c’est par le talentueux collectif belge Peeping Tom, que la chorégraphie a été imaginée. La compagnie dirigée par Gabriela Carrizo et Franck Chartier, et dont la notoriété n’est plus à faire depuis Caravana, la trilogie Le Jardin, Le Salon et Le Sous-sol, et dernièrement la trilogie de spectacles avec Vader (Père), Moeder (Mère) et Kinderen (Enfants), a été grandement saluée par le public et a remporté plusieurs prix.

Ici, ce sont dix danseurs qui font ainsi vivre l’esprit des Mille et Une Nuits sur la scène de la salle Favart. Les danseuses interprètent notamment les femmes du harem, turquoises de la tête aux pieds, qui deviennent ensuite poissons de bassin nourris par des eunuques. Une touche originale et pleine d’humour qui ponctue ce spectacle rocambolesque et raffiné. 

 
5. Mârouf, un opéra à l’image de l’Opéra Comique avec des membres de la troupe Favart !
 
Voici presque un demi-siècle que l'Opéra Comique n’abrite plus de formations artistiques et a cessé d’être un théâtre de répertoire. Mais la dernière décennie lui a permis de renouer dans un esprit de curiosité et d’éclectisme avec l’opéra-comique, l'opérette, la création, les formes baroques et le théâtre musical. Issue de la transformation de l’Académie de l’Opéra Comique, la Nouvelle Troupe Favart permet à l’Opéra Comique de restaurer l’esprit de troupe tout en faisant évoluer les modes de production lyrique.
Dans ce spectacle plusieurs solistes sont membres de la Nouvelle Troupe Favart, comme c’est le cas du baryton Jean-Sébastien Bou qui interprète Mârouf, de la soprano Vannina Santoni qui interprète la princesse Saamcheddine, du basse Jean Teitgen qui joue le Sultan,  de Franck Leguérinel, baryton, qui interprète le Vizir ou encore du baryton Lionel Peintre qui joue le meilleur ami de Mârouf, Ali. 

En avril, venez voyager à l’Opéra Comique ! 
 

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