5 choses à savoir sur Hamlet

13 Décembre 2018

1-   « être ou ne pas être », Hamlet un opéra oublié ?

Après le Domino noir et la Nonne sanglante, pour clore l’année et la saison 2018 l’Opéra Comique remet encore une dernière fois au goût du jour un opéra oublié: Hamlet d’Ambroise Thomas. En effet l’opéra a été très peu joué dans la deuxième moitié du XXe siècle et la dernière fois qu’Hamlet était à Paris date de l’an 2000 au théâtre du Châtelet, tandis qu’il était à l’affiche en 2011 à Strasbourg. Il était donc temps qu’il retrouve Paris et la salle Favart !

Créé en 1868, Hamlet était pourtant une œuvre phare du répertoire français du XIXe siècle et joué chaque année, et plusieurs fois par an à Paris jusqu’en 1938. Ainsi en 1914 Hamlet avait dépassé les 300 représentations à l’opéra. 

Il est vrai que la version opératique est bien différente de la version de Shakespeare. D’une part parce qu’un livret d’opéra requiert un autre type de langage, simplifié, afin de laisser la musique s’épanouir, sans que cela soit trop long. Et d’autre part pour des raisons de contexte politique et culturel: il y avait encore un comité de censure à l’époque d’Ambroise Thomas et, pour ne prendre qu’un exemple, présenter un régicide était délicat. 

Malgré les multiples différences à noter entre ces deux formes, l'essence de la pièce de Shakespeare se retrouve dans l'opéra, comme le monologue le plus célèbre de la littérature anglaise  «être ou ne pas être» . De même, l’aspect intime de la pièce, au plus près des personnages, peut se retrouver dans l’opéra et notamment salle Favart car, d’après Louis Langrée, cet écrin de théâtre à l’italienne permet d’asseoir la dramaturgie et de présenter l’œuvre presque comme une musique de chambre.  

Louis Langrée et Cyril Teste réhabilitent ainsi à l'Opéra Comique cette œuvre incontournable du répertoire. 

 

2-   Premier solo de saxophone de l'histoire de l'opéra !

Ambroise Thomas, a souvent été taxé d'académiste en raison de sa carrière institutionnelle exemplaire. Il a notamment remporté le grand prix de Rome, dirigé les Beaux-Arts, été le premier musicien nommé commandeur de la Légion d’honneur, puis à la mort d’Auber, il lui succède à la tête du Conservatoire de Paris. Mais cela ne l’a pas empêché d’être en accord avec son temps, un curieux romantique, avide de nouveautés.

C’est par exemple son ami Adolphe Sax, facteur d'instruments et inventeur, qui lui présenta le saxhorn et le saxophone qu’il venait de créer. Thomas fut directement séduit par le son de ces instruments et décida de les intégrer à l’orchestre pour Hamlet en offrant même le premier solo de saxophone dans le répertoire lyrique.

Thomas était-il un visionnaire pour autant en introduisant le saxophone ? Sûrement, lorsque l’on sait qu’il a déjoué les codes de l’orchestration en fosse d’orchestre en jouant sur la spatialisation et la musique de scène. Il avait compris que le compositeur est le premier metteur en scène et que la dramaturgie est tout aussi importante. On le sait notamment grâce aux notes qu’il a laissées sur la partition d’Hamlet, comme le démontre cet exemple à propos d’un air : « il y a dans ce morceau bien des fluctuations de mouvement que le sentiment peut seul indiquer ».

Malgré une carrière très académique qui a pu lui être reprochée par les romantiques, Ambroise Thomas pourrait être considéré comme l'un d'entre eux.  D’une part pour son choix d’intégrer de nouveaux instruments à son orchestre afin de donner toute sa valeur à l'expression des sentiments, et d’autre part pour son désir d’adapter une pièce de Shakespeare, grande inspiration pour les romantiques. Un choix clivant puisqu’au XIXe siècle Shakespeare était considéré comme le symbole de la liberté, de la rébellion, qui s'affranchit des normes classiques en représentant sur la scène la violence, la folie, le rêve. Un choix qui allait alors à l'encontre du conservatisme. Raison de plus pour découvrir le Hamlet français!

  Pour en savoir plus sur l’histoire du saxophone, vous pouvez écouter ici un podcast France Culture.

 

 3-       Stéphane Degout, le miroir d’Hamlet

Bien que cette œuvre soit très peu jouée en France depuis le milieu du XXe siècle, Stéphane Degout est un des rares barytons français à avoir déjà joué Hamlet dans sa langue natale. C’est en 2011, dans une mise en scène d’Olivier Py, qu’il joue le personnage de Shakespeare dans la version française de l’opéra d’Ambroise Thomas à Strasbourg puis à Bruxelles et à Vienne.

Aujourd’hui Stéphane Degout est heureux de reprendre le rôle d’Hamlet, un rôle complexe qui apporte toujours de nouvelles interprétations: “Avec Cyril Teste, on est beaucoup dans l’échange, et c’est assez passionnant ! C’est encore un autre registre et une autre approche qu’Olivier Py qui, finalement, était moins dans la recherche de la psychologie juste. [...] On a, dans le travail de Cyril Teste, trouvé un Hamlet qui est en total effondrement intérieur. Il est détruit, même si la vengeance est bien accomplie à la fin de l’œuvre. On travaille particulièrement sur ce point, et cela demande beaucoup d’énergie. D’ailleurs, je pense qu’à la fin de la production, ma fatigue sera plus psychique que physique” (cf. entretien avec ForumOpéra).

Pour voir en savoir plus sur Stéphane Degout découvrez son interview dans Télérama. 

 

4-        Du cinéma à l’opéra avec Cyril Teste

Déjà au théâtre de l’Odéon l’année passée avec la pièce Festen Cyril Teste interrogeait l’intimité des personnages en utilisant la performance filmique. Pour le metteur en scène, le cinéma au théâtre permet de montrer le hors-champ, de mettre en avant ce qu’est la représentation et le vrai visage de cette représentation en dehors de l’image que se donne un personnage. Être hors cadre, reconstruire de la marge, permettre à Hamlet de chercher ce qui se cache derrière l’image, le faire metteur en scène de sa propre vie. Hamlet metteur en scène offre à voir la pièce dans la pièce Le Meurtre de Gonzague pour démasquer les criminels - tandis que le Spectre, son père, peut être vu comme le grand ordonnateur, celui qui aurait écrit Hamlet. Il semblerait d'ailleurs que Shakespeare lui-même ait interprété le spectre lors de la création de sa pièce.

L'utilisation de l'image filmée et diffusée en temps réel permet à Cyril Teste de développer son travail sur l'espace et le temps, ceux de la pièce, du spectacle, du spectateur. Avec la caméra, il peut ainsi rendre audible la vérité que poursuit Hamlet, présenter la folie de celui qui cherche à faire éclater cette vérité, produire un récit et une fiction au temps présent.

Cyril Teste s’est notamment inspiré du cinéma de Cassavetes, Vinterberg, Antonioni ou encore Polanski. Il y aura sur scène deux écrans pour appuyer l’histoire et dynamiser l’espace scénique. Intégrer du cinéma dans un opéra adapté d'une pièce de Shakespeare n’est pas anodin tant son œuvre a inspiré une multitude de réalisateurs et possède toujours une résonance actuelle.

Cyril Teste, qui enseigne également, a par ailleurs travaillé avec des étudiants sur le hors-champ dans la pièce d’Hamlet en créant un outil dramaturgique et vous pouvez également voir son interview.

 

5-   Un Hamlet contemporain et français

La mise en scène de Cyril Teste promet de résonner avec l’époque contemporaine. Hamlet ne se passe pas au Moyen Âge mais bien dans les années 2010 avec une scénographie moderne où les décors de Ramy Fischler représentent un espace intime et luxueux. C’est par ailleurs sous la forme d’une investiture que Claudius apparaît sur scène, l’inspiration venant nettement d'une investiture présidentielle récente. D’où la présence importante de la caméra sur scène, symbole de la communication et de la représentation.

Les costumes sont aussi logiquement très actuels, avec pour credo l’élégance d’une classe sociale aisée. Isabelle Defin, créatrice des costumes, s’est aussi beaucoup inspirée du cinéma du XXIe siècle, notamment de The Ghost Writer (Polanski) ou encore Shame (Steve McQueen) pour le personnage d’Hamlet.

La scénographie et les costumes évoquent l’importance du pouvoir, bien que pour Ramy Fischler “la scénographie est moins un décor qu’un espace de projection, une construction mentale”.

 

Hamlet qu’il soit moderne, futuriste ou moyenâgeux aura toujours un écho chez le spectateur. C’est ce que rappelait déjà Germaine de Staël en 1814: « d’autres hommes assisteront à leur tour aux mêmes incertitudes et se plongeront de même dans l’abîme sans en connaître la profondeur ».

 

 

 

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