Mady Mesplé (1931-2020)

31 Mai 2020

Depuis la créatrice Marie van Zandt en 1883 jusqu'à Sabine Devieilhe en 2014, la salle Favart a été l’écrin de toutes les titulaires de Lakmé : Leila Ben Sedira, Lily Pons, Pierrette Alarie, Mado Robin, Christiane Eda-Pierre, Natalie Dessay, et d’autres encore. Pour la 1500e représentation, le 29 décembre 1960, c’est Mady Mesplé qui y succombe au « plus doux rêve » dans les bras d’Alain Vanzo. Pour l’enregistrement intégral de 1970 (EMI), avec les mêmes forces de l’Opéra Comique dirigées par Alain Lombard, Mady Mesplé toujours. Et, de Liège à Toulouse, en Europe et outre-Atlantique, c’est encore elle qui incarne la fille du brahmane. Mais cette identification planétaire ne résume pas à elle seule une carrière vouée à toute la musique, de Grétry (Zémire et Azor) à Schönberg (L'Echelle de Jacob avec Pierre Boulez). Les héroïnes stratosphériques bien sûr, Reine de la Nuit, Philine, Ophélie, Olympia (au Palais Garnier pour Patrice Chéreau en 1975), Zerbinetta (au Festival d’Aix-en-Provence avec l’Ariadne de Régine Crespin en 1966), quelques Italiennes virtuoses et tragiques, Amina, Lucia di Lammermoor à Edimbourg et Paris, Gilda au Met, et au-delà de Lakmé, tant d’opéras français sur scène ou au disque, de Rameau, Rossini, Gounod, Massenet, Offenbach, Ravel et Poulenc. Presque comme un malentendu (elle n’en a quasiment pas chanté sur scène), l’opérette l’a rendue immensément populaire à la télévision, où elle chantait aussi parfois Misraki et Mouloudji. Elle s’est aussi et surtout consacrée à la musique de son temps avec passion, Betsy Jolas, Maurice Ohana, Charles Chaynes, Hans Werner Henze… 

Grâce à sa maison de disques, EMI, elle lègue un catalogue unique d’opéra-comique, d’opéra-bouffe et d’opérette : trois Grétry, les grands et les moins grands Offenbach, Manon Lescaut et Fra Diavolo d’Auber, Les Cloches de CornevilleLa Fille de madame AngotLes Mousquetaires au couventLes SaltimbanquesCiboulette de Reynaldo Hahn, Véronique de Messager… De bergerettes et pastourelles du XVIIIe siècle jusqu'aux opus de Satie et Roussel, Mady Mesplé a parcouru toute l’histoire de la mélodie française, Gounod, Delibes, Debussy, Fauré, Ravel, Hahn et Poulenc, dont elle chantait encore comme personne La Dame de Monte Carlo pour Régine Crespin lors d’un gala en 1990 au Théâtre des Champs-Elysées. Colorature et légère, selon la tradition française, elle était surtout une musicienne de haut rang et une vraie comédienne, joyeuse ou bouleversante. Une femme, enfin, à la curiosité insatiable, que l’on rencontrait dans les salles de concert et d’opéra, et qui avait pris le parti de Chéreau au plus fort du scandale de Bayreuth, le premier été du Ring du centenaire. Une pédagogue infatigable pour finir, au Japon, aux Etats-Unis, en France. 

Entrée dans la Troupe de la RTLN au milieu des années 1950, Mady Mesplé a chanté salle Favart, outre Lakmé dès 1956 et d’autres oeuvres du répertoire-maison, Le Barbier de SévilleLes Contes d’HoffmannMignonPrincesse Pauline de Tomasi, Le Comte OryLes Noces de JeannetteLa Fille du régiment et Le Dernier Sauvage de Menotti, où elle retrouvait Gabriel Bacquier, disparu quelques jours avant elle. Son héritage perdure à l’Opéra Comique, style et esprit, l’un de ses élèves y entretenant la flamme saison après saison : Jean-Sébastien Bou.

Grand Officier de la Légion d’honneur et Grand-croix de l’ordre national du Mérite, Mady Mesplé s’est éteinte le 30 mai 2020 à Toulouse, sa ville natale, au terme d’un long combat contre la maladie de Parkinson. 

Christophe Capacci 

 

 

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