La dramaturge Agnès Terrier vous raconte le prochain opéra de Matthias Pintscher : inspiré d’un conte allemand du 19e siècle et transposé dans un univers onirique, l’œuvre oscille entre rêve et cauchemar, interrogeant les thèmes des croyances, de la vulnérabilité et du rapport à la nature.
À lire avant le spectacle | Nuit sans aube
Transcription textuelle
Contexte
La dramaturge Agnès Terrier vous raconte le prochain opéra de Matthias Pintscher : inspiré d’un conte allemand du XIXᵉ siècle et transposé dans un univers onirique, l’œuvre oscille entre rêve et cauchemar, interrogeant les thèmes des croyances, de la vulnérabilité et du rapport à la nature.
Transcription textuelle
L’Opéra-Comique présente L’Instant drama, un podcast signé Agnès Terrier.
Un conte moral du XIXᵉ siècle, traduit dans un langage contemporain et onirique, complété d’une fin ouverte afin de devenir propice à toutes les interprétations. Un protagoniste masculin, entouré de voix féminines — chantantes ou parlantes — qui endossent des personnages de tout type, y compris masculins, nous libérant ainsi des récits traditionnels et des figures stéréotypées. Douze scènes, quatre interludes orchestraux, et une mise en scène et une vidéo conçues au plus près de la partition, en connivence avec les sept interprètes, pour un spectacle total joué sans entracte.
Se présente Nuit sans aube, le quatrième opéra de Matthias Pintscher, que lui ont conjointement commandé Daniel Barenboim pour la Staatsoper Unter den Linden Berlin, et Louis Langrée pour le Théâtre national de l’Opéra-Comique.
La création berlinoise a eu lieu le 11 janvier 2026, sous le titre Das kalte Herz. La création parisienne se tient dans notre salle Favart, exactement deux mois plus tard, le 11 mars 2026, sous le titre que le projet revêtait à l’origine. Fait particulier : Nuit sans aube se présente d’emblée avec deux versions, allemande et française. Le texte, signé Daniel Arkadij Gerzenberg, diffère légèrement afin d’éviter au compositeur des modifications musicales délicates en fonction des deux prosodies. De fait, une seule mesure change d’une partition à l’autre.
Par conséquent, le spectacle mis en scène par James Darrah Black est interprété par deux distributions vocales différentes, à l’exception de Katarina Bradić, qui incarne la mère sur les deux scènes. À la baguette, le compositeur lui-même dirige l’Orchestre Philharmonique de Radio France, après l’orchestre de la Staatskapelle Berlin en janvier dernier.
Issu du recueil de contes L’Auberge du Spessart, dont le jeune auteur Wilhelm Hauff est mort la même année que Beethoven, en 1827, le récit Le Cœur froid — Le Cœur de pierre dans sa traduction française — a nourri l’imaginaire de bien des enfants allemands. En témoignent quatre adaptations lyriques créées de 1885 à 1988, avant celle de Matthias Pintscher, né en 1971.
Lors d’une randonnée en Forêt-Noire, entre deux répétitions au festival de Donaueschingen, le compositeur et chef d’orchestre s’est souvenu de ses émotions d’enfant. Il a alors imaginé de transposer ce conte à l’opéra afin de renouer avec sa culture et sa langue natale. Il réside en effet depuis des années à New York, après une décennie d’activité parisienne à la tête de l’Ensemble intercontemporain.
Sa rencontre avec le poète et pianiste Daniel Arkadij Gerzenberg lui a offert l’opportunité d’élaborer un texte original. Ce livret est le fruit de deux ans d’échanges, qu’ont complétés trois étés studieux de composition.
De la Forêt-Noire du conte originel demeure une atmosphère onirique, propice à l’enchaînement des séquences et à la métamorphose des personnages qui entourent le protagoniste, Peter. Dans le conte, Peter est un garçon frustré et envieux qui, insensible à la protection que lui offre un lutin, pactise avec un démon et échange son cœur contre une pierre froide afin de s’enrichir — perdant alors sa mère puis sa fiancée par insensibilité — avant de s’engager dans un parcours de rachat.
Nos deux auteurs contemporains se sont emparés de plusieurs motifs de ce conte à la fois romantique et réaliste, sans pour autant endosser la critique de la révolution industrielle et de l’économie libérale qu’il exprimait déjà — et qui motiva en 1932 une adaptation radiophonique par Walter Benjamin, puis, en 1950, une adaptation cinématographique est-allemande par Paul Verhoeven.
Dans l’opéra, Peter est en proie à un intense mal-être que sa fiancée Clara ne peut apaiser. Il se convainc qu’il lui faut se débarrasser de son cœur. Né un dimanche et porteur d’une marque mystérieuse, il ignore qu’il a été, dès sa naissance, promis au sacrifice par sa mère.
Celle-ci est la proie de deux puissances occultes : le démon Azaël et la déesse Anubis. Elle va comprendre — mais trop tard — qu’en se faisant le jouet d’une sanglante tradition, elle a forgé le malheur de son fils.
Cette fable énigmatique, dont la poésie est tissée d’éléments du Livre des morts des anciens Égyptiens et de l’Ancien Testament, se veut hypnotique et suggestive : « tel un cauchemar sonore », dit Pintscher.
Le compositeur explore avec enthousiasme tous les possibles de l’expression vocale : de la langue parlée du démon Azaël à la virtuosité de soprano colorature de Clara, en passant par la large palette du baryton interprète de Peter.
L’orchestre est tour à tour évocateur et révélateur, avec ses nombreux motifs sonores et ses quatre interludes qualifiés de Waldmusik, « musique de la forêt », caractéristiques d’un opéra féerique allemand — l’expression est de Matthias Pintscher.
Que représente cette forêt ? Que représentent ces divinités issues de traditions différentes ? Que représente le couple central formé par Peter et sa mère ? De quoi l’œuvre est-elle la parabole ? Peut-être du rôle écrasant des croyances dans la vie humaine, de la vulnérabilité, peut-être de notre rapport à la nature — entre aliénation et mysticisme.
Délibérément ouvert aux interprétations, Nuit sans aube s’adresse aux sens et aux sensibilités.
Mondialement connu pour son riche répertoire, de Carmen à Pelléas et Mélisande, en passant par les Contes d’Hoffmann et tant d’autres titres, l’Opéra-Comique est une scène de création depuis 311 ans, commandant et programmant aujourd’hui au moins un opéra contemporain par saison.
Par de nouvelles esthétiques, de nouveaux langages, de nouveaux récits, la forme de l’opéra ne cesse d’y retrouver vigueur et pertinence, et d’y faire résonner ensemble questionnements actuels et rêves intemporels. Sur la scène et dans la fosse de l’Opéra-Comique, l’imagination a libre cours.
Un conte moral du XIXe siècle traduit dans un langage contemporain et onirique, complété d'une fin ouverte afin de devenir propice à toutes les interprétations.
Un protagoniste masculin entouré de voix féminines chantantes ou parlantes qui endossent des personnages de tous types, y compris masculins, nous libérant ainsi des récits traditionnels et des figures stéréotypées.
Douze scènes, quatre interludes orchestraux et une mise en scène – et en vidéo – conçue au plus près de la partition et en connivence avec les sept interprètes, pour un spectacle total, joué sans entracte.
Tel se présente Nuit sans aube, le quatrième opéra de Matthias Pintscher, que lui ont conjointement commandé Daniel Barenboim pour le Staatsoper Unter den Linden Berlin et Louis Langrée pour le Théâtre national de l'Opéra-Comique. La création berlinoise a eu lieu le 11 janvier 2026 sous le titre Das kalte Herz. La création parisienne se tient dans notre salle Favart exactement deux mois plus tard, le 11 mars 2026, sous le titre que le projet revêtait à l’origine.

Fait particulier, l’opéra se présente d'emblée avec deux versions, allemande et française. Leurs textes signés Daniel Arkadij Gerzenberg diffèrent légèrement afin d'éviter au compositeur des modifications musicales délicates en raison des prosodies différentes : de fait, une seule mesure change d'une partition à l'autre. Par conséquent, le spectacle mis en scène par James Darrah Black est interprété par deux distributions vocales différentes, à l’exception de Katarina Bradić qui incarne la Mère sur les deux scènes. À la baguette, le compositeur lui-même dirige l'Orchestre Philharmonique de Radio-France, après l'Orchestre de la Staatskapelle Berlin en janvier.
Issu du recueil de contes L'Auberge du Spessart, dont le jeune auteur Wilhelm Hauff est mort la même année que Beethoven, en 1827, le récit Le Cœur froid (Le Cœur de pierre dans sa traduction française) a nourri l'imaginaire de bien des enfants allemands. En témoignent quatre adaptations lyriques créées de 1885 à 1988, avant celle de Matthias Pintscher, né en 1971.
En 2019, lors d'une randonnée en Forêt-Noire entre deux répétitions au festival des Donaueschinger Musiktage, le compositeur-chef d'orchestre s’est souvenu de ses émotions d’enfant. Il a alors décidé de transposer ce conte à l'opéra afin de renouer avec sa culture et sa langue natales. Il réside en effet depuis des années à New York, après une décennie d'activités parisiennes à la tête de l'Ensemble intercontemporain. Sa rencontre avec le poète et pianiste Daniel Arkadij Gerzenberg lui a offert l'opportunité d'élaborer un texte original. Le livret est le fruit de deux ans d'échanges, qu'ont complété trois studieux étés de composition.
De la Forêt-Noire du conte originel demeure une atmosphère onirique, propice à l'enchaînement des séquences et à la métamorphose des personnages qui entourent le protagoniste Peter.
Dans le conte, Peter est un garçon frustré et envieux qui, insensible la protection que lui offre un lutin, pactise avec un démon et échange son cœur contre une pierre froide afin de s'enrichir, perdant alors sa mère puis sa fiancée par insensibilité, avant de s'engager dans un parcours de rachat.
Nos deux auteurs contemporains se sont emparés de plusieurs motifs de ce conte à la fois romantique et réaliste, sans pour autant endosser la critique de la révolution industrielle et de l’économie libérale qu'il exprimait déjà – et qui motiva en 1932 une adaptation radiophonique par Walter Benjamin (pour la Südwestdeutscher Rundfunk de Francfort), puis en 1950 une adaptation cinématographique est-allemande (par Paul Verhoeven, production DEFA) largement diffusée.
Dans l'opéra, Peter est en proie à un intense mal-être que sa fiancée Clara ne peut apaiser. Il se convainc qu'il lui faut se débarrasser de son cœur. Né un dimanche et porteur d'une marque mystérieuse, il ignore qu'il a été dès sa naissance promis au sacrifice par sa mère. Celle-ci est la proie de deux puissances occultes, le démon Azaël et la déesse Anubis. Elle va comprendre, mais trop tard, qu'en se faisant le jouet d'une sanglante tradition, elle a forgé le malheur de son fils.
Cette fable énigmatique, dont la poésie est tissée d'éléments du Livre des morts des Anciens Égyptiens et de l'Ancien Testament, se veut hypnotique et suggestive tel « un cauchemar sonore » (Pintscher). Le compositeur explore avec enthousiasme tous les possibles de l'expression vocale, de la langue parlée du démon Azaël à la virtuosité de soprano colorature de Clara, en passant par la large palette du baryton interprète de Peter. L'orchestre est tour à tour évocateur et révélateur, avec ses nombreux motifs sonores et ses quatre interludes qualifiés de « Waldmusik » (musique de la forêt), caractéristiques d'un « opéra féerique allemand » (Pintscher).
Que représentent cette forêt, ces divinités issues de traditions différentes, le couple central formé par Peter et sa mère ? De quoi l'œuvre est-elle la parabole ? Peut-être du rôle écrasant de la vulnérabilité et des croyances dans la vie humaine. Peut-être de notre rapport à la nature, entre aliénation et mysticisme. Délibérément ouvert aux interprétations, Nuit sans aube s'adresse aux sens et aux sensibilités.
Mondialement connu pour son riche répertoire – de Carmen à Pelléas et Mélisande en passant par Les Contes d'Hoffmann et tant d'autres titres –, l'Opéra-Comique est une scène de création depuis 311 ans, commandant et programmant aujourd'hui au moins un opéra contemporain par saison. Par de nouvelles esthétiques, de nouveaux langages, de nouveaux récits, la forme de l'opéra ne cesse d'y retrouver vigueur et pertinence, et d'y faire résonner, ensemble, questionnements actuels et rêves atemporels. Sur la scène et dans la fosse de l'Opéra-Comique, l'imagination a libre cours.
Argument
TABLEAU I : Dans la forêt
Une vieille femme raconte à un enfant un inquiétant rituel au cours duquel les habitants du village font des offrandes aux dieux. Elle dit que la déesse Anubis apparaîtra la nuit suivante et exigera un don.
TABLEAU II : Invocation – Rêve
Peter prononce les paroles de l’invocation de la déesse Anubis, qui indiquent qu’il a été choisi parce qu’il est né un dimanche et qu’il porte un signe mystérieux.
Waldmusik I
TABLEAU III : Douleur
Clara retrouve son amoureux Peter, que ses rêves terrifient. Ils ne parviennent pas à se comprendre. Dans sa douleur, Peter exprime le désir de s’arracher le cœur de la poitrine.
TABLEAU IV : Conte
Azaël est attiré par le cœur de Peter et lui raconte un conte : dans la forêt vit un vieil homme qui s’est détourné des hommes. Un loup effrayé vient lui demander son aide mais l’homme la lui refuse, car ni les humains ni les animaux ne l’ont jamais aidé. Peter ne comprend pas pourquoi on lui raconte cette histoire ni ce qu’Azaël attend de lui.
TABLEAU V : Le vêtement sacré
La mère de Peter promet à Azaël qu’après avoir changé d’apparence, elle s’emparera du cœur de son fils. Elle reçoit d’Azaël le vêtement de la déesse Anubis.
TABLEAU VI : Mère
Peter a peur de la « grande transformation » imminente. Sa mère le rassure, lui rappelle qu’il est élu et qu’il porte comme signe la marque de Caïn. Peter accepte. Tous deux invoquent leur obscurité commune.
Waldmusik II
TABLEAU VII : La marque de Caïn
Clara et Peter se déclarent leur amour. Peter lui parle de la marque de Caïn. Clara lui demande de qui il la tient. Peter refuse de répondre. Clara considère alors que son lien avec Peter est rompu et elle le quitte.
Waldmusik III
TABLEAU VIII : Invocation
Peter invoque la déesse Anubis.
TABLEAU IX : Anubis
Anubis convoite le cœur de Peter et lui annonce que, cette nuit-là, elle le remplacera par une pierre.
TABLEAU X : Silence blanc (Waldmusik IV)
Anubis retire le cœur de Peter.
TABLEAU XI : Le cœur froid
Après l’accomplissement du rituel, Peter constate qu’il n’a plus de sentiments.
TABLEAU XII : Nuit sans aube
La mère de Peter refuse de remettre le cœur de son fils à Azaël et réalise, pleine de remords, ce qu’elle a fait.
Opéra en douze tableaux | Traduction française de Catherine Fourcassié | Création mondiale le 11 janvier 2026 au Staatsoper de Berlin sous le titre original Das kalte Herz | Création française
Avec
Composition et direction musicale, Matthias Pintscher • Mise en scène, James Darrah Black • Avec Evan Hughes, Marie-Adeline Henry, Katarina Bradić, Catherine Trottmann, Julie Robard-Gendre, Hélène Alexandridis, Pablo Coupry Kamara et Elias Passard de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique • Orchestre Philharmonique de Radio France
Durée : 1h40 sans entracte | Spectacle en français, surtitré français & anglais
Âge recommandé : 14 ans et + (présence de scènes de violence)
Bon plan -35 ans : le vendredi 13 mars : tarif unique 20 €
Accessibilité : Séance Relax le dimanche 15 mars à 15h