La statue du Drame lyrique à l'Opéra-Comique
En décembre 1898 est inaugurée la troisième salle Favart dont l’architecte Louis Bernier a conçu le programme décoratif à la demande de la Direction des Beaux-Arts (ministère de l’Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts), en faisant appel aux artistes les plus renommés de l’époque, parmi lesquels les sculpteurs du groupe dit des « Toulousains ». Deux statues de femmes parachèvent le décor du vestibule. À droite en entrant, une gracieuse comédienne tenant un masque, signée Antonin Mercié, représente L’Opéra-Comique du XVIIIe siècle. À gauche, une femme grave tenant un violon, signée Alexandre Falguière, représente Le Drame lyrique.
Il s’agit du genre alors à la mode, qui s’est développé en partie sous l’influence de Wagner : de Werther de Massenet à Pelléas et Mélisande de Debussy, il offre aux compositeurs une plus grande liberté dramaturgique et musicale. Ainsi voisinent, dès l’entrée du Théâtre national de l’Opéra-Comique, le répertoire et la création, la tradition et la modernité.
Au printemps 1919, dans le douloureux contexte de l’aprèsguerre, Le Drame lyrique est retiré et remplacé par une Carmen signée Maurice Guiraud-Rivière, ancien élève de Mercié. La statue de celui-ci est alors requalifiée Manon. Désormais, le public est accueilli par deux héroïnes de l’Opéra-Comique, celle de Bizet (1875) et celle de Massenet (1884).
Réintégrée dans les réserves de l’État en 1932, la statue de Falguière est déposée en 1936 à Angers. Bien qu’elle n’ait jamais figuré à l’inventaire de son Musée des Beaux-Arts, elle y est photographiée dans une cour, dans un état dégradé et sous le nom de La Musique, dans un article du Petit Courrier angevin d’octobre 1937. Puis sa trace se perd dans les turbulences de l’époque.
Hall de l'Opéra Comique © RMN (Opéra Comique) Christophe Chavan
En 1981, elle réapparaît dans l’inventaire des Staatliche Museen zu Berlin sous le nom de La Violoniste (Die Geigerin) avec la mention « Propriétaire inconnu ». Présente dans les collections berlinoises depuis la guerre, elle a tardé à y être formellement enregistrée en l’absence de preuves d’acquisition ou de don. En 1992, Anne Pingeot, conservatrice au Musée d’Orsay, la photographie dans une réserve berlinoise. Elle fait alors le rapprochement avec le patrimoine décoratif de l’Opéra-Comique tout en observant que Falguière a sculpté nombre d’allégories musicales.
À partir de 2021, une enquête mobilise Laurent Falguière, arrière-petit-fils du sculpteur, le Théâtre national de l’Opéra-Comique, l’Alte Nationalgalerie de Berlin et le Centre national des arts plastiques (Cnap), héritier de la Direction des Beaux-Arts. Elle confirme l’origine de la statue berlinoise sans pouvoir éclaircir les ultimes étapes de son parcours.
La demande de restitution formulée par le Cnap en novembre 2022 reçoit dès mars 2023 une réponse positive de la Stiftung Preußischer Kulturbesitz (Fondation du patrimoine culturel en Prusse), illustrant l’exemplaire coopération francoallemande en la circonstance.
Rapatrié en décembre 2024, Le Drame lyrique réintègre alors les réserves du Cnap, où il est restauré en 2025. En mars 2026, il retrouve, dans le cadre d’un dépôt, le vestibule de l’Opéra-Comique, à quelques mètres de son emplacement initial.
Dans le hall de l'Opéra-Comique, le Drame lyrique a retrouvé sa maison auprès de Carmen et Manon
Les trois statues relèvent aujourd’hui des collections du Cnap où elles portent les numéros d’inventaire FNAC 2932 (Carmen), FNAC 3674 (Le Drame lyrique) et FNAC PFH-10092 (L’Opéra-Comique dite Manon).
L’Opéra-Comique remercie les donateurs qui ont soutenu le retour du Drame lyrique Olivier Gayno, Laurent Falguière, Pierre Martin
Anthony Burban, Frédéric Davias, Capucine Jardy-Colson, Thomas Montpellier, Ivan Piettre, Franck Thevenon-Rousseau, Thierry Vinot
Simone Bateman, Nicolas Baudelot, Denis Berthomier, Christian Bodin, Jean-Claude Chaboseau, Michèle Coubret-Lecadet, Bernard Coudron, Jean-Luc Dubreuil, Philippe Dumont, Bernard Ech, Maxime Lefebvre, Vincent Lenoir, Aldo Manias, Annabelle Marchand, Frédéric Martin, Roland et Geneviève Meyer, Jean-Pierre Nolot, Cécile Rambaud, Nadine Raymond, Marie-José Robatel, Geneviève Sabaton, Laurence Stampf, Henri Zundel
Jean-Claude Bataille, Jean-Christophe Baudequin, Emilie Berthelot, Philippe Blay, Thierry Bodin, Marie-Christine Bonnefond, Edith Buissart, Laurent Cabanès, Rosa Casas, Marie-Christine Degout, Inouk Faugere, Sylvie Gousset, Etienne Hauser, Hervé Jevardat, Marie-Martine Laurenzatto, Thibault Marchand, Frédéric Merian, Yann Moreau, Michel Perrot, Axel Queval, Jean-Alain Rault, Patricia Robert, Muriel Roumier, Gilles Saint-Arroman, Claude Seigneuret, Staffan Strömberg, Nicole Tamburini, Richard Tilly, Charles Wajnberg, Tatiana Wajnberg, David Young, les donatrices et donateurs du crowdfunding ainsi que nos donatrices et donateurs anonymes
Pour aller plus loin
Découvrir le colloque Le Drame lyrique à l’Opéra-Comique & écouter les podcasts des interventions
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