L'incroyable vie de Daniel-François-Esprit Auber

21 Mars 2018

DANIEL-FRANÇOIS-ESPRIT AUBER (1782-1871)

Daniel-François-Esprit Auber naît à Caen le 29 janvier 1782 d’un père officier des chasses royales. La famille s’installe à Paris et à la Révolution, Auber père ouvre un commerce d’estampes. Cet amateur de musique reçoit Martin, fameux baryton de l’Opéra-Comique, qui est le premier professeur du jeune Auber. Celui-ci publie bientôt des romances puis de grands airs italiens et des œuvres de chambre, sous l’influence de Mozart principalement. Son père l’envoie cependant étudier le commerce à Londres.

En 1803, Auber fils rentre à Paris qu’il ne quittera plus. Depuis la fin de l’Ancien Régime, Paris est la capitale musicale de l’Europe où l’on vient donner une impulsion à sa carrière, de Spontini à Verdi, de Liszt à Wagner. Auber les côtoiera tous mais, pour l’heure, pratique la musique comme l’équitation : en amateur.

En 1806, son Concerto pour violon en ré fait parler de lui. Cherubini, le fondateur de l’opéra romantique, déclare à Auber père : « Votre fils ne manque pas d’imagination mais il lui faudrait commencer par oublier tout ce qu’il sait, en supposant qu’il sache quelque chose ». Voilà qui décide le jeune homme à étudier avec ce maître exigeant, qui le présente au prince de Chimay. Chez ce mécène, Auber crée son premier opéra-comique, Jean de Chimay, en 1812.

L’année suivante, Jean-Nicolas Bouilly (meilleur librettiste de son temps selon Beethoven qui s’inspire de sa Léonore ou l’Amour conjugal pour Fidelio) décide d’aider un jeune artiste, ayant bénéficié du même geste de la part de Grétry. Il écrit Le Séjour militaire pour imposer Auber à l’Opéra-Comique. Leur mince succès amène Auber à s’intéresser à la question du livret.

En 1819, la mort de son père le place en situation de soutien de famille, quoique célibataire. À trente-six ans, l’âge où meurt Mozart et où Rossini choisit le silence, Auber envisage la composition de façon professionnelle. Ses premiers échecs ne le découragent pas.

En 1823, il fait la rencontre déterminante de l’auteur dramatique Eugène Scribe, qui aborde alors le genre du livret et lui fournit Leicester ou le Château de Kenilworth d’après Walter Scott. Cet opéra-comique remporte un solide succès, prélude à une collaboration qui s’étendra sur quatre décennies et 37 ouvrages communs.

À partir de La Neige ou le Nouvel Eginhard en 1823, les ouvrages d’Auber et de Scribe dépassent presque toujours les 100 représentations dans le siècle. En 1825, Le Maçon remporte un succès qui passe les frontières. C’est alors que l’Opéra, établi rue Le Peletier, lui confie après une petite pièce de circonstance un ouvrage en cinq actes. Le 29 février 1828, La Muette de Portici présente pour la première fois sur cette scène un sujet moderne (la révolte napolitaine de Masaniello en 1647) sur un livret de Delavigne remanié par Scribe. Les costumes et les décors de Ciceri, la mise en scène de Solomé, la conjugaison des talents du ténor Adolphe Nourrit et de la ballerine Louise Noblet assurent un triomphe à cette œuvre reprise 505 fois jusqu’en 1882, bientôt traduite dans toute l’Europe, portée au pinacle par Wagner et dont les représentations bruxelloises provoquent deux ans et demi plus tard une insurrection qui conduit la Belgique à l’indépendance !

En 1831, l’Opéra passe sous la direction de Véron, un homme d’affaire qui tire du succès de La Muette une leçon sur le goût des Parisiens pour le spectaculaire. Scribe et Auber développent leur formule avec Le Dieu et la Bayadère (1830), Le Philtre (1831, le livret servira à L’Élixir d’amour de Donizetti), Gustave III ou le Bal masqué (1833, le livret servira à Il Ballo in maschera de Verdi), Le Lac des fées (1839) et des partitions de ballets.

C’est à l’Opéra-Comique qu’Auber se consacre avec le plus de succès et de régularité à partir du triomphe de Fra Diavolo en 1830. Dès lors, il figure à l’affiche au moins une fois par an avec une création ou une reprise : Lestocq ou l’Intrigue et l’Amour (1834), Le Cheval de bronze (1835), L’Ambassadrice (1836), Le Domino noir (1837, 1209 représentations dans le siècle !), Les Diamants de la couronne (1841), La Part du Diable (1843), La Sirène (1844), Haydée ou le Secret (1847), Marco Spada (1852), Manon Lescaut (1856, avant Massenet et Puccini)…

Considéré comme le chef de file de l’école française, Auber parcourt les étapes d’une belle carrière sous tous les régimes : successeur de Gossec à l’Académie des beaux-arts en 1829, directeur des Concerts de la Cour en 1839, en 1842 successeur de Cherubini à la tête du Conservatoire (où il n’a pas étudié !), directeur de la Chapelle impériale en 1852. Il devient le représentant de l’académisme musical, cet art favorisé par le pouvoir, couru par le public mais souvent opposé à la modernité qu’incarnent les romantiques. Auber sera, par de nombre d’entre eux, considéré avec plus ou moins de mépris comme un « faiseur ». Il ne laisse pas d’écrits sur la musique et refuse absolument de s’écouter.

Très attaché à Paris où une rue limitrophe du nouvel Opéra porte son nom, Auber vit dans son domicile de la rue Saint-Georges le déchirement de la Commune. Ses chevaux Almaviva et Figaro sont réquisitionnés. Le 12 mai 1871, l’inventeur de l’opéra historique meurt en pleine tourmente de l’Histoire, dans les bras d’Ambroise Thomas. Ses funérailles, qui eussent été officielles en temps de paix, se déroulent presque clandestinement à la Trinité. Un monument funéraire lui sera élevé en 1877 au cimetière du Père-Lachaise.

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