Gaetano Donizetti (1797-1848)

Compositeur

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Gaetano Donizetti naît le 29 novembre 1797 dans une famille modeste de Bergame, en Lombardie. Sa ville natale est tour à tour une république, une conquête austro-hongroise, puis française, et intègrera en 1815 le royaume lombardo-vénitien (au sein de l’empire d’Autriche). Son frère aîné Giuseppe (1788-1856), également musicien, dirigera la musique impériale ottomane du sultan Mahmoud II et mourra à Constantinople avec le titre de pacha.

L’éducation musicale des enfants pauvres est prise en charge par le maître de chapelle de la basilique Santa Maria Maggiore : c’est Simon Mayr, prolifique compositeur d’opéras et généreux pédagogue, qui le forme à la perfection et l’initie au classicisme viennois, avant de l’envoyer à Bologne auprès du père Mattei, professeur de Rossini (de 5 ans plus âgé que Gaetano). L’élève et le maître resteront amis et correspondront jusqu’à la mort de Mayr en 1845.

Apte à tous les genres profanes et religieux, Donizetti se lance à Venise, à 21 ans, avec la création remarquée de son premier opéra, Enrico di Borgogna. Un emploi à Santa Maria Maggiore de Bergame lui permet d’attendre son premier vrai succès : il a lieu à Rome en 1822 avec Zoraide di Granata.

Donizetti se montre d’emblée souple, rapide et mobile, capable de s’adapter au hasard des rencontres, aux commandes des théâtres et au goût du public, aux exigences des artistes et des directeurs. Son premier opéra-bouffe, L'ajo nell'imbarazzo, a autant de succès que ses opéras sérieux lorsqu’il est créé à Rome en 1824. Sa vie est désormais rythmée par des commandes, souvent simultanées, et des créations en tous genres dans les principaux théâtres de la Péninsule : en moyenne deux nouveaux titres par an.

En 1825, il est engagé comme maître de chapelle au Teatro Carolino de Palerme. En 1828, il fait un beau mariage avec Virginia Vasselli, la fille d’un avocat romain, puis connaît un triomphe avec L'esule di Roma au San Carlo de Naples, ville où il s’est engagé à fournir quatre opéras par an pendant trois ans. Tandis que cet ouvrage est repris un peu partout en Italie, Donizetti continue à créer tous azimuts, en particulier le drame Anna Bolena en 1830 et l’opéra-bouffe L’elisir d’amore en 1832. Ces deux succès milanais le dégagent de son contrat napolitain, le propulsent à l’étranger et le posent comme rival de Bellini, de quatre ans plus jeune – leurs premières encadrent la création de La sonnambula (1831).

Désormais, les succès de Donizetti sont toujours suivis de reprises dans les capitales étrangères dotées d’une troupe italienne, en premier lieu Paris (avec Anna Bolena en 1831) et Londres. Sa Lucrezia Borgia créée à la Scala en 1833 soulève cependant un différend avec Victor Hugo, auteur de la pièce-source, qui s’oppose aux reprises parisiennes.

À Paris, Rossini a pris sa retraite de compositeur depuis quatre ans. Il règne sur le Théâtre-Italien, refondé en 1801 et installé dans la première salle Favart (jusqu’à son incendie en 1838). En 1834, il commande à Bellini (installé à Paris) I Puritani et à Donizetti Marino Faliero, d’après une tragédie de Delavigne (1829). Juste après la première de Gemma di Vergy à Milan, Donizetti arrive à Paris. Il aime depuis toujours la littérature française où il a puisé quantité de sujets d’opéras.

Au printemps 1835, son ouvrage remporte auprès des dilettanti (les amateurs d’opéra italien) un succès inférieur à celui de Bellini. Mais Donizetti en est d’autant moins jaloux que son jeune rival meurt brutalement en septembre. Lui-même est rentré à Naples pour écrire et faire triompher son 46e opéra, Lucia di Lammermoor, qui va connaître un destin durable en Europe. Tout semble sourire au musicien de 38 ans, fait chevalier de la Légion d'honneur par le roi des Français Louis-Philippe mais qui a refusé d’entrer à l’Institut pour ne pas renoncer à sa nationalité : il en sera membre correspondant à partir de 1842.

Pourtant, la suite de sa vie est jalonnée d’épreuves. Il perd d’abord ses parents, puis pour la troisième fois un jeune enfant en 1837, et enfin sa chère épouse alors âgée de 29 ans. Tous probablement atteints par la syphilis qu’il leur a transmise à son insu. Fidèle et aimant, il écrit à son beau-frère : « Je serai malheureux éternellement. Sans parents, sans épouse, sans enfants, pour qui donc est-ce que je travaille ? Pourquoi ? »

Le travail offre pourtant un refuge à cet artiste à la fois hyperactif et enjoué (ce que traduit son abondance correspondance) et qui se dope au café, ce dont témoigne son voisin et ami parisien Adolphe Adam (le compositeur du Postillon de Lonjumeau) : « Il raffolait de cette liqueur dont il ne pouvait se passer et qu’il consommait à toute heure du jour, chaud, froid, en sorbet, en bonbon, sous toutes les formes. »

Après la création de Roberto Devereux à Naples fin 1837, et la censure empêchant la création de Poliuto, il quitte l’Italie où personne ne le retient plus et s’installe à Paris.

En 1839, il donne Lucie de Lammermoor à la Renaissance avant de créer, dans la seule année 1840, La Fille du régiment à l’Opéra-Comique, puis à l’Opéra Les Martyrs (d’après son Poliuto et Polyeucte de Corneille) et enfin La Favorite. Tandis que ces titres conquièrent la Péninsule en versions italiennes (occasionnant de nombreux voyages), Donizetti s’implante aussi à Vienne où il est nommé maître de chapelle de l’empereur d’Autriche et où il crée Linda di Chamounix en 1842. En 1843, il revient enthousiasmer les Parisiens avec son opéra-bouffe Don Pasquale au Théâtre-Italien, sans parvenir à faire aussi bien avec son grand opéra Dom Sébastien, roi de Portugal à l’Opéra.

Donizetti commence à accuser la fatigue d’une carrière trépidante. Nombre de ses titres sont entrés au répertoire des théâtres français, italiens, européens. Outre quelques 70 opéras, il s’est illustré en moins de trente ans de carrière dans le genre sacré (avec entre autres un Requiem pour la mort de Bellini) et dans les genres profanes avec 28 cantates, 18 quatuors, 13 symphonies…

Après une première crise de convulsion en 1829, céphalées et poussées de fièvre se sont multipliées à partir de 1842. En 1845, alors âgé de 48 ans, Donizetti n’est plus que l’ombre de lui-même : « Nous eûmes la douleur de le rencontrer plusieurs fois dans les rues accompagné d’un domestique, l’œil éteint, le front chargé d’un voile sinistre » (Paul Scudo). Il s’avère atteint de troubles moteurs et posturaux, de détérioration cognitive et d’apathie. Poussé par son entourage inquiet, il est examiné par des médecins parisiens qui concluent à une démence avancée, causée par une neurosyphilis.

Donizetti est interné à Ivry début 1846, ce qui le trouble encore davantage. Ses proches se mobilisent pour qu’il soit rapatrié. Après de longues démarches et une intervention de l’ambassade d’Autriche, il rentre à Bergame en septembre 1847 et y mène une vie végétative jusqu’à son décès le 8 avril 1848, à 50 ans. Après des funérailles solennelles, il est inhumé dans la basilique Santa Maria Maggiore auprès de son maître Simon Mayr.

« À part le grand talent que possède ce Lombard, c'est aussi un bel homme et sa physionomie noble, douce et en même temps imposante, inspire la sympathie et le respect. » Vincenzo Bellini d’après Francesco Florimo

« Donizetti était grand, avait la figure franche et ouverte, et sa physionomie était l’indice de son excellent caractère ; on ne pouvait l’approcher sans l’aimer. » Adolphe Adam, Derniers souvenirs d’un musicien, 1859

« Il chantait avec goût, accompagnait dans la perfection et lisait la musique des autres comme il composait la sienne, avec une facilité incroyable. Extrêmement sensible au succès, il doutait toujours de lui-même. Aussi a-t-il été le premier compositeur italien qui ait refusé de paraître à l’orchestre pendant les trois premières représentations d’un opéra nouveau, ainsi que l’exigeait l’usage depuis un temps immémorial. » Paul Scudo, Revue des Deux Mondes, tome 23, 1848