Lucie de Lammermoor quadrille facile, estampe de Victor Coindre, 1867
Une autre version de l’œuvre
La différence entre Lucia et Lucie ne tient pas seulement au passage de l’italien au français. Sans rien sacrifier des airs et ensembles déjà célèbres - l’ouvrage original avait été joué en italien à Paris en 1837 -, la version française se veut à la fois plus théâtrale et plus concise. Donizetti s’y montre à l’écoute du public français. Cette version est d’ailleurs restée en vigueur en France jusqu’aux années 1970.
Un drame de la parole empêchée
Dans Lucie de Lammermoor, l’action avance par des paroles données ou empêchées. Lucie et Edgard échangent leurs anneaux et se jurent fidélité. Mais par la suite, leur correspondance est interrompue. La falsification d’un anneau pousse Lucie à signer un contrat de mariage. Puis Edgard reparaît et lui demande de démentir ce qu’il croit être une trahison. Le cœur du drame n’est donc pas seulement l’amour contrarié, mais aussi la manière dont la parole de Lucie est interceptée, déniée et entravée.
Ce qu’éclaire la version française
Cette version rend plus lisibles les rapports de force sur lesquels repose l’œuvre : le serment, le mensonge, la contrainte, l’accusation. Dans une intrigue où les signes comptent autant que les sentiments, entendre directement les mots du drame donne un nouveau relief à la musique. Héroïne de bel canto, Lucie apparaît comme une femme prise dans un dispositif familial et social qui la prive peu à peu de sa voix.
Pourquoi à l’Opéra-Comique, à Paris ?
Redécouvrir Lucie de Lammermoor en français à l’Opéra-Comique n’a donc rien d’anecdotique. Cette version devenue rare permet de retrouver l’œuvre dans un théâtre où l’intelligibilité du texte et le mouvement du théâtre font partie de la définition même du genre opéra-comique.
Lucia / Lucie : quelle différence ?
Lucia di Lammermoor : version italienne, créée à Naples en 1835, aujourd’hui la plus fréquemment donnée.
Lucie de Lammermoor : adaptation française en trois actes, créée à Paris le 6 août 1839, sur une traduction de Royer et Vaëz, suivie par Donizetti pour le Théâtre de la Renaissance.
Avec
Direction musicale, Speranza Scappucci • Mise en scène, Evgeny Titov • Avec Sabine Devieilhe, Étienne Dupuis, Léo Vermot-Desroches, Edwin Crossley-Mercer, Sahy Ratia, Yoann Le Lan • Chœur, accentus • Orchestre, Insula orchestra