Pas facile de s'y retrouver entre opéra, opéra-comique, opérette et comédie musicale quand on découvre le monde du spectacle lyrique. L'opéra-comique est certainement victime de son nom, qui laisse penser qu'il s'agit forcément de spectacles drôles. Pourtant, ce genre théâtral encore trop méconnu fait partie intégrante de la culture française depuis plus de 300 ans. Né sous le règne de Louis XIV en 1714, l'opéra-comique est une forme hybride qui a toujours été profondément populaire et accessible. Laissez-nous donc vous en convaincre à travers une définition de l'opéra-comique et son rôle dans l'origine de la comédie musicale.
Définition de l'opéra-comique : qu'est-ce qui le rend unique ?
Proposer une définition de l'opéra-comique n'est pas chose aisée tant ce genre se situe à la croisée de multiples univers artistiques. Cette forme hybride mélange morceaux chantés et scènes jouées, de la même manière que les comédies musicales.
L'humour n'est ainsi pas toujours au rendez-vous dans un opéra-comique. Saviez-vous d'ailleurs que Carmen de Georges Bizet, certainement l'opéra le plus connu et joué au monde, est en réalité un opéra-comique créé en 1875 à Paris ? L'histoire tragique de cette ouvrière de manufacture de tabac sévillane n'a pourtant rien de comique.
Alors d'où vient ce nom trompeur ? Le mot « comique » fait référence à la comédie, c'est-à-dire au théâtre parlé. Voilà ce qui définit vraiment le genre opéra-comique : l'alternance entre passages chantés et dialogues parlés.
Cette particularité vient de ses origines dans les foires parisiennes, où il mêlait déjà l'héritage de la comédie italienne aux innovations françaises. Dès le départ, le public était mélangé, aristocrates et gens du peuple se côtoyaient pour applaudir les mêmes spectacles.
Salle d'un théâtre forain pendant un numéro de danseurs de corde, comme on en donnait régulièrement en ouverture de soirée, par Louis Nicolas van Blarenberghe, mi-XVIIIe siècle © The Metropolitan Museum of Art, New York
Le lien opéra-comique / comédie musicale : une filiation évidente
Après cette introduction, le lien entre opéra-comique et comédie musicale apparaît clairement. Les deux genres partagent cette même structure : des dialogues parlés entrecoupés de passages musicaux. L'opéra-comique est ainsi communément accepté comme l'ancêtre de la comédie musicale.
Le terme « comédie musicale » est d'ailleurs tout aussi trompeur. Une comédie musicale n'est pas nécessairement légère et peut s'attaquer à des thèmes graves. Les Misérables, adaptation du roman de Victor Hugo, raconte une histoire de misère sociale et de révolution. Plus récemment, Emilia Pérez de Jacques Audiard aborde le sujet des cartels mexicains.
Cette capacité à naviguer entre genres dramatiques se retrouve pleinement dans l'opéra-comique. Ce mélange de comédie et de chant permet souvent de traiter des sujets sérieux de façon plus accessible que l'opéra classique ou le théâtre.
Brundibár, prochainement à l'affiche de l'Opéra-Comique, illustre parfaitement cette capacité unique. Cet opéra pour enfants, créé clandestinement pendant la Seconde Guerre mondiale, utilise la forme légère du conte musical afin de transmettre un message d'espoir et de résistance face à la barbarie.
L'opéra-comique populaire : un genre qui a toujours rassemblé
Dès sa création, l'opéra-comique réussit l'exploit de réunir aristocrates et gens du peuple devant ses œuvres. Sa forme hybride explique certainement cette capacité à toucher tous les publics, quel que soit leur milieu social.
Les premières créations d'opéras-comiques français, héritières des canevas et personnages italiens, prennent souvent la forme de parodies montées en vaudevilles. Le principe ? Reprendre des œuvres dites « nobles » en modifiant leurs airs populaires pour les rendre plus accessibles et plus actuelles.
Cette réinterprétation de classiques connus de tous fait de l'opéra-comique un genre loin d'être élitiste. Au contraire, il rassemble le public français autour d'œuvres partageant des références communes. C'est cette dimension populaire qui constitue son ADN depuis plus de trois siècles.
Mariquita et la danse en mouvement DR
Un opéra accessible aux débutants : loin des clichés et des idées reçues
Contrairement aux idées reçues, l'opéra-comique se distingue de l'opéra classique, qui peut sembler plus intimidant pour les non-initiés. D'ailleurs, les deux genres souffrent de préjugés tenaces sur leur prétendu élitisme.
Le nom « opéra-comique » n'arrange rien : l'association avec son prestigieux cousin peut freiner ceux qui souhaitent se lancer. Pourtant, n'avoir jamais mis les pieds dans un théâtre lyrique ne vous empêchera en rien d'apprécier pleinement un opéra-comique.
De par son origine populaire et son caractère contemporain, l'opéra-comique reste un genre théâtral particulièrement accessible aux débutants. Thèmes variés, lien avec la comédie musicale, essence parodique : autant de caractéristiques qui en font une forme hybride, certes unique, mais justement accessible au plus grand nombre.
Loïsa Puget | Portrait de Marie-Alexandre Alophe © BnF
De l'opéra-comique à aujourd'hui : l'histoire de la comédie musicale
L'histoire de la comédie musicale commence donc dans les foires parisiennes du XVIIIe siècle, là où se jouaient les premiers opéras-comiques. Cette filiation fait de l'opéra-comique bien plus qu'un genre historique : c'est une forme vivante qui continue d'influencer le spectacle musical contemporain.
Au fil des siècles, ce théâtre musical original a donné naissance à l'opérette, puis à la comédie musicale moderne. Broadway et le West End doivent beaucoup à ces spectacles parisiens où se mélangeaient le parlé et le chanté, le noble et le populaire, le sérieux et le léger.
L'Opéra-Comique n'a d'ailleurs jamais oublié ses racines. Le théâtre perpétue cette tradition d'accessibilité et d'innovation qui a toujours fait sa force. Parce qu'au fond, ce genre a une vocation simple : rassembler, émouvoir et divertir, sans jamais demander à ses spectateurs d'être des experts.
Comment choisir son premier opéra-comique sans se tromper ?
Voici quelques conseils et astuces à connaître avant de choisir votre premier opéra-comique :
- La durée, ça compte : la plupart des opéras-comiques durent entre 1h30 et 2h30. C'est déjà bien plus court qu'un opéra classique qui peut vous garder assis quelques heures de plus. De quoi tester sans trop s'engager.
- Le synopsis sera votre meilleur ami : prenez un moment pour le lire avant le spectacle. Comme l'opéra-comique mélange parlé et chanté, vous ne serez pas perdu, même si vous ne comprenez pas toutes les chansons.
- Pensez à la langue de Molière : beaucoup d'opéras-comiques sont en français, Bizet, Massenet, Gounod pour ne citer qu'eux. Logique, puisque le genre est né dans la Ville lumière. Vous comprendrez ainsi facilement les dialogues parlés, ce qui change vraiment la donne si c'est la première fois.