5 choses à savoir sur Kein Licht

06 Octobre 2017

1.     Singspiel ou thinkspiel ? 

Le singspiel (prononcez « zingue-chpile ») est un genre musical né au XVIIIe siècle en Allemagne. Très proche de l’opéra-comique français – singspiel se traduit littéralement par « chanter-jouer» – cette forme théâtrale s’est également inspirée de l’opéra-ballade anglais, de la tradition du Lied (pièce poétique) et du folklore allemand. Nombre d’auteurs se sont frottés à ce genre, donnant ainsi naissance à des œuvres majeures : « Fidelio » de Beethoven, « Der Freischtuz » de Weber ou encore « La Flûte enchantée » de Mozart. Même Wagner s’en inspira pour créer ses opéras. Affirmation nationaliste (l’utilisation de la langue allemande étant capitale), le singspiel eut pour but de devenir le véritable opéra national allemand mais fût laissé à l’abandon au profit du genre romantique. Ici, la notion de « jeu théâtral » est considérée par Phillipe Manoury comme une forme de réflexion. Émettre une réflexion sur les moyens qui vont permettre de raconter Kein Licht et ne pas en cacher le cheminement. C’est pour cela que Philippe Manoury et Nicolas Stemann aiment parler de « thinkspiel » , que l’on pourrait traduire par « jeu de la pensée » . La forme de l’oeuvre est le résultat de cette réflexion et de l’expérimentation de tous ces éléments narratifs qui ne sont pas déterminés à l’avance.

2.     Une reflexion sur la technologie… Le fond et la forme

Bien que basé sur un texte du prix Nobel de littérature Elfriede Jelinek écrit en 2011 juste après le tsunami et ses conséquences, Kein Licht n’est pas à proprement parler une oeuvre sur la catastrophe de Fukushima. Pour le compositeur Philippe Manoury, il s’agit d’un opéra qui évoque « la vie après la catastrophe, avec ce que cette vie peut avoir de comique, de tragique, d’absurde ». Ici, les enjeux de la technologie sont métaphorisés par l’histoire que nous raconte Kein Licht : deux musiciens ayant composé une musique qu’ils ne peuvent plus écouter, ni même contrôler mais qui continue d’exister, qui continue d’être là. C’est à un véritable système formel auquel nous assistons puisque cette reflexion est aussi appuyée par une perte de contrôle de la structure musicale, électronique et donc technologique. Philippe Manoury utilise, entre autre, le procédé de la chaîne de Markov, qui permet de créer des notes à partir de probabilités. Une réaction en chaîne de notes qui en amènent d’autres et qui font de ces sonorités une création que l’on ne peut plus complètement maîtriser.

3.     Kein Licht, une oeuvre mouvante

Chaque représentation de Kein Licht diffère de la précédente. La part d’aléatoire délibérément introduite dans les logiciels de traitement électronique des voix et de la musique comme les aléas émanant de la présence d’un élément aussi imprévisible que l’eau sur scène ne rendent pas possible la reproduction à l’identique de la pièce ». Un logiciel a ainsi été conçu pour déclencher des sons graves de manière imprévisible afin de symboliser l’inattendu d’un tremblement de terre. La différence de nature entre les données physiques et sonores rendues sciemment incontrôlables et le cadre tout à fait maîtrisé de la création musicale et scénographique insuffle au spectacle une tension aussi angoissante que fascinante.

4.    Une co-production internationale

Kein Licht a vu le jour en août 2017, en Allemagne, lors de la Ruhrtriennale. Puis le spectacle s’est déplacé à l’Opéra National du Rhin à Strasbourg, dans le cadre du festival Musica. Dans quelques jours, il arrivera salle Favart, avant de visiter Zagreb et le Luxembourg. C’est un fait assez rare pour être remarqué :  cette création commandée par l’Opéra Comique aura été représentée plus de 19 fois dans 4 pays européens.  Petit tour d’horizon de ces coproducteurs :
 
-          Le Festival de la Ruhrtriennale
Le Festival de la Ruhrtriennale, en Allemagne, rime avec expériences spectaculaires : musique, danse, théâtre, performance et beaux-arts s’entremêlent dans un décor industriel saisissant, fait de hauts-fourneaux et de centrales électriques désaffectés.

-          Le Théâtre National Croate de Zagreb
Fondé en 1840, le Théâtre national croate de Zagreb,  est devenu l’un des symboles de la culture en Croatie. S’il a accueilli la plupart des plus grands artistes croates, il a aussi accueilli Franz Liszt, Franz Lehár, Richard Strauss, Gérard Philipe,  Laurence Olivier, Jean Louis Berrault, Peter Brook, Mario Del Monaco ou encore José Carreras.

-          Le Festival Musica de Strasbourg
Chaque automne, le festival Musica convie son public à 15 jours de festivités et plus de trente manifestations à Strasbourg. Véritable plateforme de la création, la volonté de préserver un espace de liberté d’expression artistique (sans contrainte de rentabilité économique) est au cœur du festival.

-          Les Théâtres de la Ville de Luxembourg
Programmation éclectique, vitalité créatrice de la scène locale, exigence constante de qualité, tels sont les maîtres mots du Grand Théâtre et du Théâtre des Capucins répondant à la dénomination commune de Théâtres de la Ville de Luxembourg.

-          L’Ensemble Lucilin
Rassemblant interprètes, compositeurs et artistes de tous bords, l’horizon esthétique de la formation de chambre luxembourgeoise Lucilin couvre tout le champ de la création contemporaine.

-          L’Ircam
Fondé par Pierre Boulez en 1969, les 5 lettres de l’IRCAM signifient Institut de Recherche et Coordination Acoustique Musique. En somme, l’Ircam est une sorte de laboratoire réunissant artistes et scientifiques autour de la création musicale et de l’innovation technologique.
- Kein Licht a aussi été l’objet d’un appel à financement participatif, auquel plus de 100 donateurs se sont associés.
 
Pour saluer cette mise en relation de différents modes de production et de financements et récompenser son caractère innovant , Kein Licht a reçu le prix Fedora - Rolf Lieberman 2016. Doté de 150 000 euros, le prix Fedora a pour mission de soutenir la création de nouvelles co-productions d’opéras et de ballets par des artistes prometteurs, dans le cadre d’une collaboration internationale entre des maisons d’opéra et des festivals.

5.     Un opéra qui a du chien

Kein Licht sera certainement l’occasion de voir sur scène une artiste pour le moins originale… Une petite parson-rusell âgée de huit ans répondant au doux nom de Cheeky. Philippe Manoury s’est inspiré d’un court passage issu du texte d’Elfriede Jelinek pour consacrer un module intitulé « Portrait de dames avec chien » dans lequel Cheeky est présent sur scène pour chanter. Ni plus, ni moins. Et comme tous les autres chanteurs et acteurs, Cheeky est elle aussi équipée d’un micro. Ses aboiements sont captés et transformés en direct par Thomas Goepfer, réalisateur en informatique musicale de l’IRCAM, pour donner lieu à une métamorphose sonore surprenante. Car si Cheeky a réussi le casting, c'est parce qu'elle est capable d'effectuer des vocalises... canines, bien entendu. Sur demande de sa dresseuse, Karine Laproye, Cheeky est capable de passer du simple aboiement au grognement, en passant par le gémissement plaintif.

Kein Licht, c’est du 18 au 22 octobre à l’Opéra Comique

Une création récompensée du Prix FEDORA 2016 - Rolf Lieberman pour l’Opéra 2016.

Direction musicale, Julien Leroy
Mise en scène, Nicolas Stemann
Réalisateur en informatique musicale - IRCAM, Thomas Goepfer
Avec Sarah Maria Sun, Olivia Vermeulen, Christina Daletska, Lionel Peintre
United Instruments of Lucilin 

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