Georges Bizet (1838-1875)

Compositeur

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Portrait de Georges Bizet (1838-1875), compositeur | Par Etienne Carjat, photographe | Musée Carnavalet

Georges Bizet est né le 25 octobre 1838 à Paris, d’une mère mélomane et d’un père professeur de chant et compositeur à ses heures. Ils encouragent la vocation précoce de leur fils unique, avec l’oncle maternel François Delsarte, brillant professeur de déclamation lyrique et pionnier de la redécouverte du répertoire baroque. L’enfant devient un pianiste remarquable, doué d’une prodigieuse mémoire. La littérature, seconde passion, fera hésiter le jeune homme entre les deux écritures, et amènera le compositeur à prendre une part active dans l’élaboration de ses livrets.

À 10 ans, Bizet entre au Conservatoire alors dirigé par Auber, père du grand opéra romantique et maître de l’opéra-comique. Il suit la classe de piano de Marmontel (qui sera le professeur de Debussy) avec Ernest Guiraud, celle de solfège du frère d’Alkan avec Léo Delibes, celle d’orgue de Benoist avec Camille Saint-Saëns, celle de composition d’Halévy – le compositeur de La Juive – avec Lecocq et Paladilhe. Le brillant étudiant accumule les premiers prix de 1849 à 1855, et commence à publier des pièces pour le piano.  L’opus 1 est attribué à une Grande valse de concert en 1854. L’année suivante est créée la Symphonie en ut sous la direction de Jules Pasdeloup : Bizet a 16 ans ! Il a rencontré Gounod, de 20 ans plus âgé, vers 1853. Cet aîné devient un ami, un employeur pour des travaux d’arrangement ou des tâches de répétiteur, et sera un modèle parfois encombrant.

Offenbach dirige le petit théâtre très à la mode des Bouffes-Parisiens lorsqu’il lance en 1856 un concours d’opérette. Bizet arrive premier ex aequo avec Charles Lecocq. L’année suivante, Le Docteur Miracle est représenté avec un joli succès. Fort de ce début public et des encouragements de Rossini, Bizet remporte le Premier Prix de Rome en 1857, à 19 ans.

De 1858 à 1860, son séjour à la Villa Médicis lui permet de prendre conscience de sa vocation pour le théâtre. Il apprend à canaliser sa facilité par la rigueur. Son anticléricalisme, qui l’a écarté de l’orgue, lui interdit la composition sacrée. Il se tourne vers l’opéra bouffe avec Don Procopio – qui ne sera créé qu’en 1906 à Monte-Carlo. Très intéressé par la vie lyrique européenne, il critique l’évolution de Verdi et s’inquiète des difficultés de Gounod dont Faust est créé en 1858 au Théâtre-Lyrique.

Son retour à Paris est marqué par la mort de sa mère, par la découverte de Wagner qu’il trouve à la fois génial et « rasant », et par la rencontre de Liszt qu’il éblouit au piano. Mais réticent aux mondanités, Bizet se détourne d’une carrière de concertiste, de « saltimbanque ». Il donne des leçons pour vivre, travaille pour l’éditeur Choudens et répond aux sollicitations de Gounod, Reyer, Delibes, Berlioz et Thomas pour les seconder dans leurs créations.

Un opéra-comique en un acte, La Guzla de l’Émir, n’est jamais représenté et perdu. Mais en 1863, son Scherzo est remarqué aux Concerts Populaires de Pasdeloup. Léon Carvalho lui commande un ouvrage de grandes dimensions, Les Pêcheurs de perles, pour le Théâtre-Lyrique, l’institution parisienne la plus dynamique en matière d’élargissement du répertoire. L’œuvre fait parler du compositeur de 24 ans sans s’imposer au public.

Bizet s’installe alors au Vésinet une partie de l’année. Il travaille à Ivan IV, un grand opéra à l’ancienne qui ne sera jamais représenté de son vivant. À Paris, il fréquente les salons où il joue parfois ses compositions pour le piano, comme Les Chants du Rhin, publiés en 1865. Le titre témoigne d’un goût tourné vers l’Allemagne romantique de Mozart à Schumann, même s’il ne fera jamais le voyage. L’année suivante, Léon Carvalho lui commande La Jolie Fille de Perth d’après Walter Scott. La création est reculée au profit de Roméo et Juliette de Gounod qui remporte un vif succès. Bizet se crispe à l’égard de Gounod, comme par ailleurs devant les succès d’Offenbach et les débuts prometteurs de Massenet. Le 26 décembre 1867, La Jolie Fille est appréciée d’une partie de la critique, mais reçoit un accueil trop froid pour se maintenir longtemps à l’affiche.

Malgré un contexte familial complexe chez les Halévy, Bizet parvient en 1868 à épouser Geneviève, la fille du compositeur décédé quelques années plus tôt. De ce mariage naîtra un fils en 1872 – en réalité le second de Bizet, qui en a eu un illégitime en 1862. Sous le nom de son deuxième mari, la brillante et mondaine Geneviève Straus deviendra pour Proust le modèle de la duchesse de Guermantes.

En 1869, sa symphonie Roma est créée par Pasdeloup. La guerre contre la Prusse interrompt divers projets et Bizet est mobilisé dans la Garde nationale. Le siège de Paris renforce ses convictions républicaines. La Commune, qu’il vit du Vésinet, accentue son scepticisme, une tendance à la misanthropie et sa farouche indépendance. En 1871, peu après la publication des pièces pour piano Jeux d’enfants, il participe à la fondation de la Société nationale de musique pour la promotion de la musique de chambre française, au côté de Guiraud et Saint-Saëns. Il ne compose guère dans ce genre, mais s’y produit en récital, interprétant la Suite hongroise de et avec Massenet, une réduction pour deux pianos de Roma, ou créant la Sonate op. 12 de Lalo avec Pablo de Sarasate.

Il reçoit enfin sa première commande de l’Opéra-Comique sur un acte de Louis Gallet inspiré de Musset : l’exotique Djamileh est créé le 22 mai 1872, en complément du Médecin malgré lui de Gounod. L’ouvrage est desservi par son interprète mais estimé par les musiciens. Il ne se maintient guère au répertoire mais Bizet sait qu’il a trouvé sa voie, même si les critiques les moins éclairés continuent à le taxer de wagnérisme.

D’ailleurs, il reçoit aussitôt commande d’un ouvrage en trois actes, avec Meilhac et Halévy : ce sera Carmen, sujet choisi quelques mois plus tard. Le 1er octobre 1872, L’Arlésienne de Daudet est créé au Vaudeville avec la musique de scène de Bizet. Malgré le luxe de la production, l’échec est complet, mais la suite d’orchestre créée le 10 novembre aux Concerts Populaires remporte un beau succès. Par ailleurs, le célèbre baryton Jean-Baptiste Faure l’encourage à lui écrire un opéra avec Louis Gallet : ils s’accordent sur un Cid qui mobilise Bizet en 1873, mais qui restera inachevé car l’Opéra (salle Le Peletier) brûle cet automne-là. En 1874 est créée l’ouverture dramatique Patrie, dédiée à Massenet. Les Vingt mélodies sont publiées chez Choudens tandis que les répétitions de Carmen débutent en septembre. Bizet assiste le 5 janvier 1875 à l’inauguration du Grand Opéra (Palais Garnier), puis est décoré de la Légion d’honneur en février.

Le manque de succès de Carmen en mars avive les doutes d’un musicien surmené et anxieux. Déjà fréquemment sujet aux angines et aux rhumatismes articulaires, Bizet commet l’erreur de se baigner dans la Seine un soir de mai, en bas de chez lui, à Bougival. Il meurt quatre jours plus tard d’une crise cardiaque, le 3 juin 1875, à 36 ans.