Opéra, opéra-comique : le lexique du spectateur (presque) averti

L'opéra n'est pas forcément l'art lyrique le plus facile à appréhender quand on est néophyte. En plus des nombreux codes qui lui sont propres, le monde de l'opéra a aussi son vocabulaire bien particulier. Pour vous permettre d'y voir plus clair, et pourquoi pas d'épater la galerie, voici un lexique des termes principaux de l'opéra et de l'opéra-comique. C'est parti !

Opéra, opéra-comique : le lexique du spectateur (presque) averti
fr
Sommaire

Les bases (sans prise de tête)

Opéra-comique

Qu'est-ce qu'un opéra-comique, exactement ? Un genre qui mélange passages chantés et dialogues parlés. Oui, parlés normalement, comme au théâtre. Contrairement à l'opéra classique où TOUT est chanté du début à la fin (y compris « j'ai perdu mes clés » si l'envie le leur prend).

Le piège est dans le nom : le mot « comique » ne veut PAS dire « drôle » mais vient de « comédie ». Comme c'est le cas d'ailleurs dans « comédie musicale », ceux qui ont vu West Side Story comprendront ! Pour reprendre l'exemple le plus connu, Carmen de Bizet est un opéra-comique. Et spoiler : ça finit mal.

À retenir : si les artistes alternent entre chant et dialogues, vous êtes devant un opéra-comique

Récitatif

Dans l’opéra classique, même les passages qui font avancer l’action entre deux arias sont chantés. Appelé récitatif, ce style vocal est à mi-chemin entre la conversation et le chant. Moins spectaculaires qu'une aria, ils constituent le liant du spectacle : les personnages s'y parlent, complotent, tombent amoureux, sans pour autant déclencher les grandes émotions. 

C’est justement l’absence de récitatif qui distingue l’opéra-comique de l’opéra : là où l’un chante tout, l’autre parle normalement entre les airs.

À retenir : dans l’opéra-comique, le dialogue parlé joue le rôle que le récitatif tient dans l’opéra

Surtitres

Ces textes projetés au-dessus de la scène retranscrivent les paroles en temps réel. Même quand c'est chanté en français. Parce que soyons honnêtes : les voix lyriques, aussi belles soient-elles, ne sont pas toujours d'une clarté absolue !

Selon les spectacles, l'Opéra-Comique projette des surtitres pour faciliter la compréhension.

Conseil : jetez-y un œil de temps en temps pour suivre l'histoire, mais n'oubliez pas pour autant le jeu des artistes et les décors

Livret

Le texte complet de l'opéra : dialogues, paroles chantées, indications scéniques. L'équivalent du scénario au cinéma. Souvent écrit par quelqu'un de différent du compositeur de la musique, l'auteur du livret est un librettiste.

Bonne nouvelle : à l'Opéra-Comique, la dramaturge vous donne rendez-vous 45 minutes avant la représentation pour décrypter l'œuvre en 15 minutes

La musique (et ceux qui la font)

Aria (ou air)

Le moment solo où un personnage exprime ses émotions à pleine voix. Joie, rage, désespoir amoureux, toute la palette y passe. « L'amour est un oiseau rebelle » dans Carmen ? C'est l'une des arias les plus célèbres de l'histoire.

Ces morceaux sont souvent tellement connus qu'on les reconnaît même sans avoir jamais vu l'opéra en entier.

Petit bonus culture : aria signifie air en italien

Ouverture

L’ouverture, c’est le morceau que joue l’orchestre tout au début, rideau encore fermé. Son rôle dépasse la simple musique de générique. L’ouverture installe l’ambiance, introduit les thèmes musicaux qui reviendront tout au long du spectacle, et prépare le terrain dramatiquement.

Souvent marquantes, les ouvertures de Carmen ou des Noces de Figaro de Mozart sont ainsi connues bien au-delà des opéras dont elles sont tirées.  

C’est également le moment d’éteindre votre téléphone et d’abandonner tout espoir d’ouvrir discrètement votre sachet de bonbons.

Les voix

Les termes sont précis et ne sont pas les mêmes en fonction des sexes. Soprano, mezzo-soprano, contralto pour les femmes ; contre-ténor, ténor, baryton et basse pour les hommes. Chaque registre correspond à une hauteur et une couleur de voix différentes. Les sopranos et les ténors incarnent souvent les héros romantiques. Les barytons et les basses quant à eux héritent souvent des rôles de mentor, de père ou de méchant.

D’autres distinctions existent selon la tessiture et le timbre propre à chaque chanteur, mais c’est une autre histoire.

Petit bonus culture : deux sopranos ne sonnent jamais tout à fait de la même manière

Fosse d'orchestre

Vous vous êtes déjà demandé où se trouvent tous ces musiciens ? Ils sont en contrebas de la scène, dans une fosse. De cette manière, ils ne cachent pas les artistes mais leur musique enveloppe quand même toute la salle.

À l'Opéra-Comique, la fosse peut accueillir jusqu'à 60 musiciens selon les productions.

Le théâtre et ses petits secrets

Mise en scène

La mise en scène, c'est tous les choix artistiques qui transforment le texte en spectacle vivant : décors, costumes, éclairages, mouvements des artistes.

Deux metteurs en scène peuvent adapter le même opéra et vous raconter deux histoires visuelles complètement différentes.

Voilà pourquoi on peut revoir Carmen dix fois... et découvrir une nouvelle version de cette œuvre à chaque représentation.

Scénographie

Là où la mise en scène regroupe l’ensemble des choix artistiques du spectacle, la scénographie désigne spécifiquement sa conception visuelle et spatiale. Autrement dit, comment l’espace de la scène est pensé, découpé et transformé.

Un escalier, une forêt stylisée voire même un plateau vide et quelques lumières : chaque choix du scénographe raconte quelque chose. Parfois autant que les mots ou la musique.

Baignoire, corbeille, balcon

Les différents étages de places dans le théâtre. Les « baignoires » sont les loges au rez-de-chaussée.

Oui, le nom est bizarre, mais à l'époque il faisait tellement chaud qu'on se serait cru dans un bain. La « corbeille », c'est le premier balcon. Ensuite, on numérote.

Salle Favart

La maison historique de l’Opéra-Comique. Inaugurée en 1898, la Salle Favart doit son nom au dramaturge et librettiste Charles Simon Favart (1710-1792), l’une des figures fondatrices du genre. La même adresse accueille l’opéra-comique depuis plus de trois siècles. 

Pendant sa modernisation en cours, l’Opéra-Comique continue ses activités hors les murs et au Foyer du théâtre, fidèle à sa vocation d’un spectacle vivant et accessible à tous.

Vous avez encore des questions pratiques sur votre visite ? Comment vous habiller, quand arriver, que faire à l’entracte… on a pensé à tout.

Répertoire

Le répertoire, c'est l'ensemble des œuvres qu'un théâtre joue régulièrement.

L'Opéra-Comique a le sien, avec trois siècles de créations françaises, mais ne se repose pas sur ses lauriers. Des œuvres contemporaines et des redécouvertes oubliées sont régulièrement à l'affiche.

Derrière le rideau

Création et reprise

À l’affiche d’un spectacle, deux mots reviennent souvent. Une création désigne la toute première fois qu’une production, nationale ou mondiale, est présentée au public. 

En revanche, une reprise indique le retour à l’affiche d’un spectacle déjà monté, parfois dans une nouvelle distribution ou un autre lieu.

Les deux ont leur charme. La création porte l'excitation de l'inédit, la reprise celle de retrouver une œuvre qui a déjà fait ses preuves, mais différemment. L'Opéra-Comique programme exclusivement les deux, chaque saison.

 

Chœur et Maîtrise Populaire

Le chœur, c’est l’ensemble des chanteurs qui incarnent les rôles collectifs : un peuple, une foule, une armée. Quand le chœur donne de la voix, difficile de rester indifférent. Attention à vos esgourdes, et à votre cœur. 

À l’Opéra-Comique, la Maîtrise Populaire forme chaque année 120 jeunes de 8 à 25 ans aux arts de la scène (chant, danse, théâtre). Un projet artistique et social qui incarne la vocation de la maison à rendre l’opéra accessible à tous.

Coproduction

Monter un opéra coûte cher. Décors, costumes, plateau technique, répétitions, la note peut vite devenir très salée, surtout pour un seul théâtre. Pour réduire les frais, plusieurs théâtres s’associent parfois sur un même projet : c’est la coproduction. 

En pratique : les mêmes décors et costumes voyagent de ville en ville. Cette manière de fonctionner permet de monter des productions ambitieuses, tout en répartissant les coûts entre plusieurs maisons.

 

Rappel

À la fin d’un film, on sort (bon parfois on reste à atteindre une scène post-générique qui n’arrivera peut-être jamais). À la fin d’un spectacle lyrique, on attend généralement que les artistes reviennent saluer le public : c’est le rappel. Parfois un seul retour, parfois cinq, selon l’enthousiasme de la salle. 

Si le spectacle vous a ému, un « bravo ! » pour un homme ou « brava ! » pour une femme (si vous voulez la jouer à l’italienne), fera toujours son effet. 

Pour aller plus loin

Voilà, vous avez les bases. Pas besoin d’être un expert pour profiter d’une soirée à l’opéra, ces quelques termes vous permettront déjà de vous sentir à l’aise et de comprendre ce qui se passe. 

D’ailleurs, on a glissé un mot technique dans cet article sans vraiment l’expliquer : « tessiture ». C’est tout simplement l’étendue naturelle de la voix d’un chanteur, du grave à l’aigu, ce qui détermine aussi s’il est soprano, baryton ou basse. 

Pas si mystérieux, finalement ! Si d’autres termes du monde lyrique vous échappent encore, dites-le-nous, on pourrait bien continuer cette série.