Charles Lecocq (1832-1918)

charles_lecocq.pngCharles Lecocq naît le 3 juin 1832 à Paris dans une famille modeste. Le père, copiste au Tribunal de commerce de la Seine, fait vivre cinq enfants. Atteint d’une tuberculose coxofémorale, Charles ne marchera toute sa vie qu’à l’aide de béquilles. Le flageolet devient son instrument de prédilection. Un professeur de musique repère son talent et convainc ses parents d’investir dans un piano. À 16 ans, le garçon donne des cours particuliers pour se payer des leçons d’harmonie qui lui permettent d’entrer au Conservatoire en 1849.

Dans l’établissement dirigé par Auber, Lecocq étudie l’harmonie avec Bazin, l’orgue avec Benoît et la composition avec Halévy, auteur de La Juive, père du librettiste de Carmen et futur beau-père de Georges Bizet, camarade de Lecocq avec Camille Saint-Saëns. Ces études classiques et des prix en orgue et en contrepoint ne donnent pas de hautes ambitions à Lecocq qui préfère, à une carrière officielle nécessitant l’obtention du prix de Rome, soutenir sa famille en travaillant comme pianiste accompagnateur. Il quitte le Conservatoire en 1854.

Inventée par Hervé, l’opérette remporte en 1855 ses premiers succès aux Bouffes-Parisiens fondés par Offenbach. Son humour répond aux attentes du public parisien et le pouvoir impérial regarde l’entreprise d’un œil favorable. En 1856, Offenbach organise pour les jeunes compositeurs un concours d’opérette sur un livret signé Ludovic Halévy et Léon Battu : Le Docteur Miracle.

Parmi les 78 candidats, Lecocq et Bizet l’emportent ex æquo, ce qui leur permet d’être joués aux Bouffes. Lecocq passe en premier, le 8 avril 1857, et connaît onze représentations. Halévy ne daigne pas venir et Lecocq s’est fâché avec Offenbach. Mais les échanges avec Bizet sont fructueux et Lecocq sait désormais qu’il est fait pour la scène. Saint-Saëns racontera à l’éditeur Durand : «Lorsque nous étions ensemble au Conservatoire, il écrivait des choses ravissantes ; et si l’accès des théâtres sérieux n’avait pas été si difficile, il aurait fait tout autre chose que ce qu’il a laissé. Forcé de gagner sa vie avec sa plume, il s’est adonné au genre où il trouvait de l’emploi».

Pendant onze ans, Lecocq produit d’obscurs titres en un acte pour divers théâtres. Lorsque l’auteur de boulevard William Busnach prend la direction de l’Athénée, il engage Lecocq comme chef de chant, ainsi que le raconte Vanloo : «Dans ce modeste accompagnateur, passant avec résignation tous ses après-midi au piano pour seriner leurs rôles à des acteurs plus ou moins bien doués, qui donc aurait jamais deviné le futur rival heureux du grand maître d’alors, de Jacques Offenbach ? Et, cependant, les temps étaient proches !» Busnach commande à Lecocq la musique de L’Amour et son carquois qui met en confiance le fameux tandem Chivot et Duru, lesquels lui confient Fleur de Thé. Surfant sur la vogue japonisante, la création du 11 avril 1868 est un succès : l’œuvre sera reprise, jouée en province puis à l’étranger. Suivent sur différentes scènes Les Jumeaux de Bergame et Le Carnaval d’un merle blanc en 1868, Gandolfo et Le Rajah de Mysore en 1869, Le Beau Dunois en 1870. Sur ce éclate la guerre franco-prussienne de 1870, suivie de la Commune.

En cette période sombre, Lecocq doute : «Je me figure qu’après la guerre les goûts seront sensiblement modifiés, et que peut-être les obus prussiens auront tué l’opérette». Il sollicite Humbert, le directeur des Fantaisies-Parisiennes à Bruxelles, ville où ses œuvres ont déjà remporté des succès. Il reçoit la commande d’une grande opérette, Les Cent Vierges, que Duru et Clairville acceptent de lui écrire.

Après avoir donné aux Bouffes en 1871 Le Testament de M. de Crac, Le Barbier de Trouville et Sauvons la caisse !, Lecocq s’installe à Bruxelles. Il y remporte, lors de la création des Cent vierges le 16 mars 1872, un brillant succès qui inaugure une carrière européenne.

Nouveau triomphe bruxellois en décembre 1872 avec La Fille de Madame Angot sur un livret de Siraudin, Koning et Clairville qui ressuscite un type populaire du Directoire. Lors de la reprise parisienne de février 1873, Saint-Saëns s’enthousiasme : «C’est beaucoup plus sérieux que vous ne croyez ; c’est un succès sans pareil !» L’œuvre est jouée 400 fois d’affilée, diffusée dans l’année dans 103 villes de France, puis à l’étranger. Elle sera reprise sur diverses scènes de la capitale dans des productions somptueuses.

À Bruxelles, nouvel éclat en 1874 avec un autre fameux tandem, Leterrier et Vanloo : Giroflé-Girofla est reprise par la Renaissance à Paris puis exporté au Karl-Theater de Vienne. À Paris, il s’agit de la première création de Jeanne Granier, sacrée divette du Boulevard. De Vienne, Lecocq envoie à son éditeur parisien des Miettes musicales pour piano signées Georges Stern. Ce n’est qu’ainsi qu’il peut publier de la musique sérieuse. Mais on le considère maintenant comme le digne héritier d’Offenbach.

Dorénavant, Paris accueille ses créations qui se succèdent aux Variétés, à la Renaissance, aux Folies-Dramatiques et aux Nouveautés. Elles sont quasiment toutes désignées comme des opéras-comiques ou des opéras-bouffes. Paraissent ainsi en 1874 Les Prés Saint-Gervais, Le Pompon et La Petite Mariée, en 1876 Kosiki, en 1877 La Marjolaine.

En 1878, Le Petit Duc, sur un livret de Meilhac et Halévy, remporte un triomphe à la Renaissance en pleine Exposition universelle : 300 représentations d’affilée ! Avec son rôle-titre travesti créé par la fidèle Granier, l’histoire se passe sous Louis XIV. Lecocq se montre inspiré par l’Ancien Régime, lui qui a publié l’année précédente une réduction pour piano et chant de Castor et Pollux de Rameau.

Les créations suivantes ont moins de succès – moins de 100 représentations –, ce que Lecocq met sur le compte des livrets : en 1878 La Camargo, en 1879 Le Grand Casimir (intitulée opérette), La Petite Mademoiselle et La Jolie Persane, avec Jane Hading. Après quoi Lecocq connaît dix-huit mois de maladie et de chagrins domestiques.

En 1881 sont créés Janot puis Le Jour et la Nuit, avec Marguerite Ugalde ; en 1882 Le Coeur et la Main ; en 1883 La Princesse des Canaries. Le succès est irrégulier car Lecocq ne change plus sa formule. Devant les jeunes compositeurs qui relèvent le défi de l’opérette, il critique : «Il y a là-dedans trop de talent et pas assez d’imagination». En 1884 L’Oiseau bleu ne réussit pas, en 1885 La Vie mondaine non plus.

Lecocq vise l’Opéra Comique. Il compose Plutus, d’après Aristophane adapté par Millaud et Jollivet. «J’écrivis ma partition avec un vrai plaisir, dans la joie de penser que je serais enfin joué à l’Opéra Comique, avec de vrais chanteurs [dont Lucien Fugère] et un excellent orchestre». L’oeuvre manque de gaîté et de sentimentalité : elle n’est jouée que huit fois.

Suivent deux fours aux Bouffes – Les Grenadiers de Montcornette en 1887 – et aux Nouveautés – La Volière en 1888. Le 11 novembre 1887, Lecocq connaît avec Ali Baba son dernier grand succès, auprès du chaleureux public bruxellois. Les reprises plus que les commandes maintiennent son renom. Lecocq reprend donc ses partitions, y note ses critiques (souvent sévères), et publie une série d’articles intitulés Mes cauchemars dans La Gazette parisienne entre 1895 et 1897 : il y dénonce la négligence des librettistes, l’opportunisme des directeurs, la superficialité du public mais y loue ses interprètes.

En 1896 les Bouffes créent Ninette dont le héros, Cyrano, annonce le succès du chef-d’œuvre de Rostand. En 1898, l’Olympia crée son ballet-pantomime Barbe- Bleue ; en 1899, l’Opéra Comique son ballet Le Cygne. En 1900, Lecocq est reçu chevalier de la Légion d’honneur tandis que sa dernière opérette, La Belle au bois dormant, échoue aux Bouffes. Suivent quelques actes dans des casinos de villes balnéaires et l’opéra-comique Yetta à Bruxelles en 1903.

Après plusieurs annonces de décès publiées dans la presse et qui égaient sa vieillesse, Lecocq meurt à 86 ans le 24 octobre 1918 à Paris. Il est enterré au Père-Lachaise. Deux mois plus tard se réalise l’un de ses rêves : le triomphe de La Fille de Madame Angot sur la scène de l’Opéra Comique. Outre ses cinquante ouvrages scéniques, il laisse quatre volumes de pièces pour piano, dont des mazurkas dédiées à Bizet, et une centaine de mélodies, dont quatre sur des fables de La Fontaine.


Charles Lecocq est le compositeur d'Ali Baba qui sera donné à l'Opéra Comique du 12 au 22 mai 2014.
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