Orchestre Philharmonique de Radio France

Orchestre Philharmonique de Radio France

Cycle de concerts : Concert n°2 - Haydn

Privilégier le discours poétique et ne considérer la voix que comme le véhicule des émotions, telle était la préoccupation majeure des mélodistes français contemporains de Poulenc, puisée chez les grands maîtres du classicisme.

Programme :
Haydn

Symphonie n° 104 « Londres » en ré majeur
Messe en ré mineur « Lord Nelson »

Stéphanie Révidat, soprano
Wilke Te Brummelstroete, alto
Jan Kowbow, ténor
David Wilson-Johnson, basse

Chœur de Radio France
Frans Brüggen
, direction

Présentation

La Salle Favart, qui a conservé ses dimensions de l’Ancien Régime, apparaît aujourd’hui comme un lieu particulièrement approprié pour les œuvres baroques. Elle a d’ailleurs contribué avec la production d’Atys en 1987 – remontée cette saison – au développement de l’interprétation sur instruments d’époque. Depuis 2007, sous la direction de Jérôme Deschamps et d’Olivier Mantei, l’Opéra Comique favorise dans sa programmation les échanges entre les pratiques historiquement informées et les approches contemporaines du répertoire comme de la création. C’est dans cet esprit de dialogue fructueux que l’Opéra Comique entame en cette quatrième saison une collaboration privilégiée avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Cette phalange de 141 musiciens se distingue par la flexibilité de ses formations et la variété de son répertoire qu’elle interprète sur instruments modernes. On lui doit en avril 2010, sous la baguette de François-Xavier Roth, une remarquable interprétation de Mignon d’Ambroise Thomas qui n’a pas peu contribué au succès d’une oeuvre que l’on croyait tombée en désuétude.
En formation d’orchestre de chambre, l’Orchestre Philharmonique de Radio France propose en 2010-2011 au public de la Salle Favart trois rendez-vous avec le répertoire symphonique classique et préromantique.
Ces programmes, contemporains de la période de plein épanouissement de l’opéra-comique français, permettent à l’Opéra Comique de parcourir tout au long de la saison les sources symphoniques de son propre répertoire. L’opéra-comique est certes historiquement un théâtre, mais l’orchestre conquit une place centrale dans sa dramaturgie dès la fin de l’Ancien Régime. Mozart, Haydn, Rossini devinrent des modèles pour Boieldieu, Hérold, Adam et Auber non seulement pour leur art vocal et leur maîtrise du mouvement scénique, mais aussi pour la puissance expressive dont ils dotèrent les instruments de la fosse.
L’opéra-comique est un théâtre de musique. C’est tout le sens de la présence sur le plateau de la Salle Favart de l’Orchestre Philharmonique de Radio France.

Directeur de la musique Radio France Jean-Pierre Le Pavec
Rédacteurs Karine Jacquemard et Lionel Avot
Réalisation programme Philippe Loumiet

Programme

Joseph Haydn (1732-1809)
Symphonie n°104 « Londres » composée en mars-avril 1795
Première audition le 4 mai 1795 au cours d'un concert au Haymarket

« Dans les cinquante prochaines années, s'ils s'essaient à imiter Haydn, les compositeurs ne produiront rien de vraiment plus convaincant ; ils feront tout au plus du réchauffé. Espérons cependant que cette prophétie ne se réalise pas. »
Critique du Morning Chronicle, le 6 mai 1795

La Symphonie n°104 de Joseph Haydn fait partie des douze symphonies londoniennes composées entre 1791 et 1795 -- le compositeur ne l'a pourtant jamais affublée de ce sous-titre ! Il la composa en 1795 lors de son deuxième long séjour dans la capitale britannique de février 1794 à août 1795, alors qu'il était depuis trente années au service du Prince Esterhazy, en Hongrie occidentale et n'avait guère quitté sa province.

Il répondait là à l'invitation de l'impresario d'origine allemande Johann Peter Salomon qui lui promit d'être accueilli en Angleterre comme le «Shakespeare de la musique.» Il tint d'ailleurs parole : Haydn fut fait Docteur honoris causa de l'Université d’Oxford et s'en revint à Vienne riche de l'exorbitante somme de 24.000 Gulden. Cependant, cédant à l'injonction de l'héritier de Paul Anton Esterházy, il quitta définitivement l'Angleterre, non sans avoir composé les immortelles Symphonies 93 à 104. Cette dernière occupe une place à part dans l'important corpus de ses symphonies, car il s'agit bien de l'ultime œuvre de ce genre alors que le compositeur était âgé de 63 ans. Par ailleurs, elle doit sa célébrité à son caractère de modèle -- presque testamentaire -- pour la symphonie classique. On y trouve comme la somme de l'esprit musical de Haydn qui sait marier contrepoint brillant et moyens d'expression populaires. Son succès fut immédiat et Haydn nota dans son journal :
« Le 4 mai 1795, je donnai un concert au théâtre du Haymarket. La salle était remplie de la plus exquise société qui a été absolument ravie. Moi aussi d'ailleurs. La soirée a rapporté 4000 Guldens. Une somme que seul un concert en Angleterre peut rapporter ! »

 

Missa in augustiis « Lord Nelson » composée entre le 10 juillet et le 31 août 1798
Première audition le 23 septembre 1798 à l'Eglise Paroissiale Saint Martin de Eisenstadt

Mon prince était en tous points satisfait de mon travail, je récoltai sa gratitude. Chef d'un orchestre, j'ai pu tenter des expériences, observer ce qui produit l'émotion musicale, et ce qui l'affaiblit. J'ai donc eu toute latitude pour améliorer, compléter, biffer, oser. J'étais coupé du monde, aucun compositeur dans mon entourage pour s'abîmer à mon contact, et c'est ainsi que j'ai dû devenir original. Haydn Une fois Anton Esterházy décédé, son héritier, Nicolas II, songea à reprendre Haydn à son service. Ses ambitions musicales étaient néanmoins très modérées : Haydn, qui était désormais autorisé à résider dans la capitale autrichienne, n'aurait à composer chaque 8 septembre qu'une messe solennelle en l'honneur de la fête de la princesse Marie Hermenegildis. C'est ainsi qu'il composa de 1796 à 1802 ses six dernières messes, venant compléter les huit messes déjà écrites jusqu'en 1782. On a souvent reproché aux ultimes messes leur caractère opératique, pour ne pas dire... profane ! La réponse de Haydn à cette remarque est restée célèbre : «Comme Dieu m'a gratifié d'un coeur joyeux, il me pardonnera volontiers de le servir joyeusement.»

La seule messe épargnée par ces reproches fut la Missa in angustiis (Messe dans la détresse), composée en 1798. Remarquons qu'elle est également l'unique messe écrite en mode mineur, au propos des plus sérieux. En effet, elle est à mettre en relation directe avec la menace que faisaient planer les armées napoléoniennes sur les autres puissances européennes, au premier rang desquelles figurait l'Autriche, dans la première Guerre de coalition (qui durait depuis 1792). On raconte aussi que Haydn aurait écrit les fanfares du Benedictus après qu'il avait appris la victoire de l'amiral Nelson sur la flotte française à Abukir. Egalement, les biographes de Haydn ont noté un prétexte plus intime, en lien avec la subite dégradation de la santé du compositeur. Enfin, une explication beaucoup plus prosaïque - et probablement plus réaliste : la Messe «Nelson» aurait tout simplement été interprétée pour la première fois en l'honneur de la visite de quatre jours du célèbre amiral à Eisenstadt, en septembre 1800 lors de son voyage triomphal à travers l'Autriche, et aurait désormais porté son nom.

À Eisenstadt en 1798, Haydn fut contraint à une instrumentation minimum, Nicolas II ayant licencié ses instrumentistes à vent par souci d'économie. Nonobstant il les remplaça par une partie d'orgue solo. Lorsque la partition fut publiée par Breitkopf & Härtel en 1802, le compositeur autorisa l'éditeur à compléter les parties de bois de cuivres manquantes, mais c’est la version originale que Frans Brüggen nous propose d’écouter ce soir.

Benjamin François

INFORMATIONS PRATIQUES

Lieu

Salle Favart

Tarif

45, 35, 25, 17, 10, 6 €

Renseignements

0 825 01 01 23 (0,15 € la minute)

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