Le suicide par enthousiasme

Le suicide par enthousiasme

Denis Podaydès

"J'irai ruminer mon bonheur dans l'éternité."

Seul un romantisme enfiévré pourrait vous pousser, au sortir du théâtre après une trop parfaite représentation, à vous tirer une balle dans la tête pour éviter de décevantes retrouvailles avec votre quotidien... Et seul le fabuleux écrivain que fut aussi Hector Berlioz pouvait imaginer un exutoire aussi caustique que ce récit à l'enthousiasme qui le dévorait.

Denis Podalydès* lit la nouvelle d'Hector Berlioz

* de la Comédie Française
 

Présentation

Toute sa vie, Hector Berlioz (1803-1869) se partagea entre la composition, l’organisation de concerts et, pour survivre, la chronique musicale dans différents périodiques. Il développa dans cette tâche souvent rébarbative un exceptionnel talent d’écrivain. Publié en 1852, le recueil Les Soirées de l’orchestre remporta un vrai succès de librairie. Le prétexte narratif choisi pour lier entre eux les chroniques et les feuilletons est exposé avec humour dans le prologue :

Il y a dans le nord de l’Europe un théâtre lyrique où il est d’usage que les musiciens, dont plusieurs sont gens d’esprit, se livrent à la lecture et même à des causeries plus ou moins littéraires et musicales pendant l’exécution de tous les opéras médiocres. C’est dire assez qu’ils lisent et causent beaucoup. Sur tous les pupitres, à côté du cahier de musique, se trouve, en conséquence, un livre tel quel. De sorte que le musicien qui paraît le plus absorbé dans la contemplation de sa partie, le plus occupé à compter ses pauses, à suivre de l’œil sa réplique, est fort souvent acquis tout entier aux merveilleuses scènes de Balzac, aux charmants tableaux de mœurs de Dickens, et même à l’étude de quelque science. J’en sais un qui, pendant les quinze premières représentations d’un opéra célèbre, a lu, relu, médité et compris les trois volumes du Cosmos de Humboldt ; un autre qui, durant le long succès d’un sot ouvrage, très-obscur aujourd’hui, est parvenu à apprendre l’anglais, et un autre encore qui, doué d’une mémoire exceptionnelle, a raconté à ses voisins plus de dix volumes de contes, nouvelles, anecdotes et gaillardises. […]

Mon assiduité à fréquenter en amateur ce club d’instrumentistes, pendant le séjour que je fais annuellement dans la ville où il est institué, m’a permis d’y entendre narrer un assez bon nombre d’anecdotes et de petits romans. […] Je me décide à les écrire, à les publier même, ornées des dialogues épisodiques des auditeurs et des narrateurs, afin d’en donner un exemplaire à chacun d’eux et qu’on n’en parle plus.

La nouvelle intitulée Le Suicide par enthousiasme constitue la douzième de ces soirées. Elle est introduite ainsi :

On joue un opéra italien, etc., etc. Tout le monde parle à l’orchestre. Corsino surtout a le verbe très-haut ; il gesticule, il s’agite. « Eh bien ! me dit-il, nous avons été rudement secoués hier soir! J’ai pourtant entendu parler à Paris d’un Français plus impressionnable encore que nous ne le sommes et qui adora La Vestale jusqu’à se tuer pour elle. Ceci est une histoire, non un conte, et prouve que l’enthousiasme musical est une passion comme l’amour. Il faut que je vous dise cela. — Volontiers ! — Écoutons ! — Tais-toi donc, cor Moran ! » Moran, le premier cor, remet son instrument dans sa boîte et Corsino commence : J’appellerai ma nouvelle LE SUICIDE PAR ENTHOUSIASME. »

À l’issue du récit, les auditeurs de l’orchestre réagissent :

« Le diable m’emporte, dit Moran, si Corsino en peignant son Provençal, ne nous a pas fait son propre portrait ! — C’est ce que je pensais tout à l’heure, en l’écoutant réciter la lettre d’Adolphe. Vous lui ressemblez, mon cher, dis-je à Corsino. » Celui-ci nous jette un singulier regard... baisse les yeux et part sans répondre. 

Le texte de la lecture est disponible dans les volumes suivants : Hector Berlioz, Le Suicide par enthousiasme et autres nouvelles, L’Arche, 1997 ; Hector Berlioz, Les Soirées de l’orchestre, Gründ, 1998

Durée : 45 minutes

Denis Podalydès

DENIS PODALYDÈS

Après ses études supérieures, Denis Podalydès entre au Conservatoire National en 1985, dans les classes de Viviane Théophilidès, Michel Bouquet, et Jean-Pierre Vincent.  Il commence sa carrière avec un rôle dans Sophonisbe de Corneille, mise en scène de Brigitte Jaques-Wajcman. De 1991 à 1995, il joue dans six spectacles en collaboration avec Christian Rist ainsi que dans Versailles-Rive Gauche de Bruno Podalydès (1993) et Anatole de Schnitzler mis en scène par Louis-Do de Lencqueseing (1995). En 1996, il participe à la création collective d’André Le Magnifique qui obtient cinq Molières avec Michel Vuillermoz, Isabelle Candelier, Loïc Houdré, Patrick Ligardes et Rémi de Vos. L’année suivante, il entre à la Comédie-Française puis joue dans des pièces telles que Le Revizor mis en scène par JL Benoît qui reçoit le Molière de la révélation théâtrale, le Misanthrope et Le legs mis en scène par JP Miquel, Arcadia mis en scène par Ph Adrien, Ruy Blasmis en scène par B. Jaques, La Forêt mis en scène par P. Fomenko, Platonov, Il Campiello et Figaro divorce mis en scène par J. Lassalle, l’Illusion comique mis en scène par G. Stoev, La Grande magie mis en scène par Dan Jemmett, ou l’Avare mis en scène par C. Hiegel. En tant que metteur en scène, il participe à la production de pièces d’Emmanuel Bourdieu intitulées Tout mon possible, je crois ?, et Le mental de l'Équipe. En 2006, il met en scène Cyrano de Bergerac à la Comédie Française, pièce pour laquelle il reçoit six Molière l’année suivante dont le Molière de la mise en scène, et, en 2008, Fantasio. On a pu le retrouver au cinéma et à la télévision notamment dans des films sous la direction d’Arnaud Desplechin, Raul Ruiz, Michel Deville, Bertrand Tavernier, Lea Fazer, Valeria Bruni-Tedeschi, Valérie Lemercier, Bernard Stora, ou encore Jean-Paul Lilienfeld. Denis Podalydès fait des lectures publiques de nombreux auteurs, parmi lesquels on peut ctier Tabucchi, Dupin, Joyce,Michon, Cadiot, Stéfan, Uhlmann, Pachet, Whitman, Twain, ou encore Echenoz. Dernièrement, il publie Scènes de la vie d'acteur aux éditions Seuil-Archimbaud qui obtient le Prix Femina de l’essai en 2008.

INFORMATIONS PRATIQUES

Lieu

Salle Bizet

Tarif

11€

Renseignements

0 825 01 01 23 (0,15 € la minute)

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