Marie-Caroline Carvalho, la vraie fausse créatrice du rôle d’Hélène dans le Timbre d’argent

22 Juin 2017

« Dans Le Timbre d’argent, le premier rôle est une danseuse, et celui de la chanteuse était fort effacé. Qu’à cela ne tienne, on développa le rôle. Barbier inventa une jolie situation pour amener le morceau ‘‘Le bonheur est chose légère’’, mais ce n’était pas assez. Barbier et Carré se creusaient la tête sans rien trouver […] On cherchait toujours le moyen de rendre le rôle d’Hélène digne de Mme Carvalho […] Longtemps il [le directeur] nous tourmenta pour faire de la danseuse une chanteuse, à l’intention de sa femme. »

C’est en ces termes que Saint-Saëns s’exprime dans ses Écrits sur la musique et les musiciens sur les tribulations du Timbre d’argent dont le livret lui avait été confié par Léon Carvalho, alors directeur du Théâtre Lyrique. Comme on peut le lire, le directeur s’ingérait dans le processus créatif, notamment pour mettre en valeur sa femme, la soprano Marie-Caroline Miolan-Carvalho (1827-1895). Après six saisons à l’Opéra Comique, où elle avait créé entre autres le rôle-titre des Noces de Jeannette de Victor Massé (l’un des titres les plus joués dans l’institution), elle participait au fabuleux essor que connut le Théâtre-Lyrique sous la direction de son mari, en créant les grands rôles féminins de Gounod, composés pour elle : la Marguerite de Faust (1859), Mireille (1864), Roméo et Juliette (1867). Lui confier le rôle d’Hélène dans Le Timbre d’argent, c’était assurer en partie le succès de l’oeuvre. Après la fermeture du Théâtre-Lyrique, elle retourna dans la troupe de l’Opéra Comique, avant que son mari n’en prenne la direction en 1876. Elle y assura l’importation des œuvres de Gounod et créa les grands rôles mozartiens dans les premières productions des opéras de Mozart que l’Opéra Comique programma, avec un immense succès, à partir de 1872. Le rôle éminent de Caroline Miolan-Carvalho dans l’histoire de la maison explique qu’elle figure en médaillon dans le foyer de la salle Favart : un hommage que tenait à lui rendre l’architecte en 1898, quelques années après sa mort.

 

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